L’Assurance maladie a écrit aux médecins d’Île-de-France pour les mettre en garde contre l’explosion des prescriptions de Ritaline. France Inter a révélé ce courrier vendredi 16 octobre 2026, et les chiffres sont massifs : +122 % entre 2021 et 2025. Les adultes mènent la danse avec +142 %, et 22 290 patients recevaient le traitement en 2025. Un rattrapage salutaire, ou un médicament qui circule trop facilement ?

Pourquoi les prescriptions de Ritaline explosent-elles en France ?

D’abord parce que la France partait de très bas. Le pays a longtemps été réfractaire à ces traitements, et le retard se comble vite. À l’échelle nationale, les prescriptions de méthylphénidate avaient déjà bondi de 154 % entre 2020 et 2024, selon les bases de données de l’Assurance maladie analysées par l’AFP.

Ensuite parce que le trouble est mieux reconnu, surtout chez l’adulte. Près de 5 % des enfants et 3 % des adultes seraient atteints de TDAH en France, selon la pédiatre Anna Boctor, présidente du syndicat Jeunes médecins, interrogée par France Inter. Le diagnostic reste mal posé, dit-elle, et la prise en charge « n’est pas encore adéquate en France ».

« Quand on part de rien, 122 % de rien, ce n’est pas non plus énorme. » — Anna Boctor, pédiatre

Sa formule dit le fond du débat : des adultes diagnostiqués à 30 ou 40 ans après des années d’errance, pour les uns ; des dérives à corriger vite, pour l’Assurance maladie.

Qui prend de la Ritaline aujourd’hui, et comment ça marche ?

La Ritaline contient du méthylphénidate, un psychostimulant qui augmente la dopamine et la noradrénaline dans le cerveau. Il aide les personnes atteintes de TDAH à se concentrer et à freiner leur impulsivité. Le médicament existe sous plusieurs marques en France : Ritaline, Concerta LP, Medikinet, Quasym LP. Il est classé comme stupéfiant, ce qui encadre strictement sa délivrance : prescription limitée à 28 jours, sur ordonnance sécurisée.

Autre enseignement d’une étude EPI-PHARE : à classe égale, les enfants nés en décembre ont 55 % de risque en plus de commencer un traitement que ceux nés en janvier. L’immaturité relative brouille parfois le diagnostic des plus jeunes de la classe.

Un enfant concentré sur son écriture en classe À classe égale, les enfants nés en décembre sont plus souvent mis sous traitement que ceux nés en janvier : l’immaturité peut brouiller le diagnostic.

Une ordonnance sur cinq échappe au spécialiste

La réglementation impose que la première prescription soit faite par un spécialiste : pédiatre, neurologue ou psychiatre. Or dans un cas sur cinq, cette règle n’a pas été respectée, et l’Assurance maladie y voit un problème de formation des médecins.

Autre point qui a fait réagir l’Assurance maladie : 2,1 % des patients ont eu plus de quatre médecins prescripteurs, et 0,6 % plus de quatre pharmaciens. Ce « nomadisme médical et/ou pharmaceutique » laisse « fortement suspecter un mésusage », écrit l’institution. Certains patients collectionnent les ordonnances pour détourner le produit, parfois recherché comme dopant de la concentration.

Un médecin rédige une ordonnance lors d’une consultation La première prescription de Ritaline doit être faite par un spécialiste. Dans un cas sur cinq, cette règle n’est pas respectée.

Que faire si vous soupçonnez un TDAH chez vous ou votre enfant ?

  • Commencez par le médecin traitant. Il connaît votre histoire et peut orienter vers le bon spécialiste, au lieu de multiplier les consultations.
  • Exigez un bilan complet. Le diagnostic ne se pose pas sur un seul symptôme : anxiété, dette de sommeil ou difficultés scolaires peuvent ressembler à un TDAH sans en être un.
  • Vérifiez qui prescrit. La première ordonnance doit venir d’un pédiatre, d’un neurologue ou d’un psychiatre. C’est la règle, et c’est aussi une garantie.
  • Pensez au-delà du médicament. Aménagements scolaires, suivi psychologique, hygiène de sommeil : le traitement médicamenteux n’est qu’un pilier de la prise en charge, jamais le seul.

Derrière le +122 %, il y a donc deux histoires qui se superposent : celle d’un pays qui soigne enfin un trouble longtemps ignoré, et celle d’un médicament puissant qui circule parfois hors des clous. L’alerte de l’Assurance maladie ne dit pas qu’il faut arrêter de prescrire. Elle dit qu’il faut prescrire mieux.