Depuis le 1er octobre 2026, le remboursement des protections hygiéniques réutilisables est devenu une réalité. Votée fin 2023 dans la loi de financement de la Sécurité sociale, précisée par le décret n° 2026-288 du 18 avril 2026 puis par un arrêté du 6 août 2026, la mesure attendait son application. Trois ans plus tard, les pharmacies peuvent enfin appliquer les nouveaux tarifs.
Concrètement, seuls deux produits entrent dans le dispositif : les coupes et les culottes menstruelles. Les protections jetables restent exclues. Le gouvernement, qui invoque la lutte contre la précarité menstruelle et les produits durables, annonce près de 7 millions de bénéficiaires potentielles.
Qui peut vraiment bénéficier du remboursement des protections hygiéniques ?
Deux profils sont concernés, et les conditions sont cumulatives. D’abord, toutes les femmes assurées de moins de 26 ans, sans aucune condition de revenus. L’âge seul suffit. Ensuite, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S), sans condition d’âge.
Les taux diffèrent. Pour les moins de 26 ans, l’Assurance maladie couvre environ 60 % du prix, la mutuelle pouvant prendre le reste. Pour les bénéficiaires de la C2S, la prise en charge est totale : aucun euro à débourser.
Dans les deux cas, la limite est de deux produits par période de douze mois, comptés de date à date à partir du premier retrait. Deux culottes, deux coupes, ou une de chaque : le panachage est libre.
Combien la Sécurité sociale prend-elle en charge, en euros ?
Les prix ne sont pas libres. Pour éviter les dérives, les tarifs sont plafonnés : 19 euros maximum pour une coupe menstruelle, 15,80 euros pour une culotte. Sur une culotte au prix plafond, une jeune de 24 ans paye donc environ 6,30 euros de sa poche, sa mutuelle faisant souvent le reste.
La coupe menstruelle, ici en silicone : l’un des deux produits désormais pris en charge par l’Assurance maladie.
Attention, tous les produits ne sont pas éligibles : seules les marques inscrites sur la liste du ministère de la Santé sont remboursées, après preuve de leur sécurité (certification Oeko-Tex pour les culottes, écolabel européen ou norme ISO 10993-1 pour les coupes). Un achat en grande surface ou sur internet n’ouvre aucun droit.
La démarche en pharmacie, étape par étape
Bonne nouvelle, il n’y a presque rien à faire. Pas d’ordonnance à obtenir, pas de formulaire à remplir, pas d’argent à avancer :
- Se rendre dans une pharmacie d’officine : c’est le seul circuit de délivrance prévu par les textes.
- Présenter sa carte Vitale (ou l’application carte Vitale) et, le cas échéant, sa carte de mutuelle. Le pharmacien vérifie les droits sur place.
- Choisir un produit figurant sur la liste du ministère de la Santé.
- Partir sans rien payer pour les bénéficiaires de la C2S, ou avec seulement le reste à charge pour les moins de 26 ans.
« Il suffit d’aller dans une pharmacie et de présenter sa carte Vitale. Il n’y a pas besoin d’ordonnance », résume le réseau Info Jeunes Bourgogne-Franche-Comté, qui détaille le dispositif sur son site.
Une mesure saluée, mais jugée encore trop étroite
Sur le papier, l’avancée est nette : une coupe bien entretenue sert plusieurs années, une culotte supporte des dizaines de lavages. Sur le long terme, des centaines d’euros de protections jetables s’évaporent.
Les culottes menstruelles doivent être achetées en pharmacie et figurer sur la liste du ministère pour être remboursées.
Les critiques portent sur le périmètre. Les femmes de plus de 26 ans qui ne relèvent pas de la C2S ne sont pas concernées, alors que la précarité menstruelle ne s’arrête pas à 25 ans et 364 jours. Certaines mutuelles plaident ouvertement pour une extension progressive à toutes les femmes, quel que soit leur âge. Et les produits jetables, qui restent les plus utilisés, ne sont toujours pris en charge d’aucune manière.
Reste une question pratique : l’offre suivra-t-elle la demande dans les pharmacies, notamment hors des grandes villes ? Les professionnels de l’officine découvrent eux aussi un dispositif inédit. Les premiers mois diront si le remboursement promis sur les textes se transforme en économies réelles au comptoir.
