Dans sept jours, la campagne de vaccination contre la grippe et le Covid démarre en France. Les doses sont là, payées par l’État, commandées via le portail officiel. Mais une partie du matériel manque. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) viennent d’envoyer une lettre à la ministre de la Santé pour l’alerter sur une pénurie de seringues et d’aiguilles, alors que le coup d’envoi approche.
L’affaire n’est pas théorique. Dans la Sarthe, des pharmaciens disent à France Bleu qu’ils craignent de ne pas être prêts pour le 13 octobre. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le président de l’Union régionale des professionnels de santé pharmaciens ne mâche pas ses mots : sans stock, sans visibilité sur les livraisons, les officines « naviguent à vue ».
Pourquoi le vaccin Covid a besoin de seringues (et pas celui de la grippe)
Tout part d’un flacon. Le vaccin contre le Covid est livré aux pharmacies en flacons multidoses contenant l’équivalent de cinq doses. Pour vacciner, le pharmacien doit donc prélever chaque dose avec une seringue et une aiguille. Le vaccin contre la grippe, lui, arrive en monodose : rien de plus à ajouter.
Depuis la campagne du printemps 2026, Santé publique France ne fournit plus seringues ni aiguilles via le portail de commandes de l’État. Les vaccins restent gratuits pour les officines, mais le matériel d’injection est désormais à leur charge. Beaucoup comptaient sur des stocks résiduels des campagnes précédentes. Sauf que, selon Lucie Bourdy-Dubois, présidente de la commission « métier pharmacien » de la FSPF, ces stocks sont aujourd’hui « soit épuisés, soit les seringues sont périmées ».
Les publics prioritaires, comme les personnes de 65 ans et plus, sont appelés à se faire vacciner dès le 13 octobre contre la grippe et le Covid.
Pénurie de seringues : « on n’a pas le matériel pour l’injecter »
Raphaël Gigliotti, président de l’URPS Pharmaciens Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’a dit à Nice-Matin sans détour : « On a le produit, mais on n’a pas le matériel pour l’injecter. » Il va plus loin : « On peut parler de pénurie sur les seringues, pour l’instant. » Pas de stock, pas de date de livraison, et une dépendance totale aux industriels : « Nous n’avons pas la capacité de produire ces seringues et ces aiguilles. On est soumis aux bonnes volontés des industriels. »
Ce n’est pas la première fois que la profession sonne l’alerte. Le même avertissement avait été lancé en avril, lors de la campagne de printemps. Six mois plus tard, la FSPF et l’USPO écrivent de nouveau, cette fois dans un communiqué commun daté du 25 septembre.
« Si une pharmacie ne parvient pas à se procurer les seringues nécessaires, ou renonce à les acheter, certains patients pourraient finalement ne pas être vaccinés. C’est là que le problème logistique devient un enjeu de santé publique. » — Fabrice Camaioni, président par intérim de la FSPF
Ce que ça change pour vous
Si vous faites partie des publics prioritaires — 65 ans et plus, femme enceinte, maladie chronique, immunodépression, obésité sévère, professionnel de santé, entourage de nourrisson — vous pouvez être vacciné gratuitement contre la grippe et le Covid à partir du 13 octobre, chez votre médecin, votre pharmacien, votre infirmier ou votre sage-femme. Appelez votre pharmacie avant de vous déplacer. Demandez si les seringues sont disponibles et si des créneaux sont prévus. Si l’officine est à court, votre médecin traitant ou un infirmier peuvent prendre le relais.
Ne reportez pas votre rappel en attendant que la situation se tasse. Santé publique France relève une hausse de 76 % des consultations chez SOS Médecins liées au Covid entre le 14 et le 20 septembre, et de 53 % pour les symptômes grippaux. Le virus circule, notamment en Île-de-France.
Le vaccin Covid est conditionné en flacons de 5 doses : chaque injection exige une seringue et une aiguille, que les pharmacies doivent désormais acheter elles-mêmes.
La campagne du 13 octobre est-elle maintenue ?
Oui. Lundi 5 octobre, le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist a écarté toute anticipation de la campagne malgré la reprise épidémique : la date a été fixée « sur la base de l’expertise des autorités sanitaires » et, « à ce stade, les indicateurs ne montrent pas de situation justifiant d’anticiper la campagne ». Le ministère souligne que la pression sur les hôpitaux reste faible et que le taux de positivité de la grippe continue de diminuer.
Pour Mayotte, la campagne a déjà commencé en septembre ; à La Réunion, elle suit le calendrier de l’hémisphère sud. En métropole, le rendez-vous reste le 13 octobre.
Une campagne de vaccination, c’est une chaîne : des doses, du matériel, des bras. Cette année, c’est le maillon du milieu qui coince. Et quand il manque des seringues, ce ne sont pas des statistiques qui restent sans piqûre. Ce sont des patients.
