L’observatoire de la désinformation en santé a été installé mercredi 21 octobre avenue de Ségur, au ministère de la Santé. Devant la presse, la ministre Stéphanie Rist a présenté ce dispositif promis dès avril 2025 par son prédécesseur Yannick Neuder et intégré en janvier à la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé. Sa mission : détecter les fausses informations médicales, les documenter, et y répondre.
Ce que l’observatoire va faire, concrètement
Chargé de « documenter le phénomène » et de « détecter les signaux émergents », l’observatoire exercera une veille continue, publiera des baromètres et des recherches, et pourra animer des groupes de travail. Il s’appuie sur une expertise scientifique indépendante et sur une communauté d’acteurs publics (agences régionales de santé, instituts de recherche) chargée de faire remonter les « signaux faibles » de désinformation repérés sur les réseaux sociaux ou constatés sur le terrain.
À sa tête, deux « pilotes » : Lise Alter, directrice générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé, et Grégory Emery, directeur général de la santé. « Mésinformation, désinformation, infodémie : tout ce qui brouille durablement la capacité à réaliser des choix libres et éclairés devient un risque sanitaire », a fait valoir la ministre.
TikTok « Le CheckUp » : la riposte là où les jeunes la regardent
L’outil le plus visible du dispositif s’appelle « Le CheckUp » : un compte TikTok où des infectiologues, des médecins de santé publique et des gynécologues déconstruiront en courtes vidéos les fausses informations. TikTok a été choisi pour deux raisons, selon le ministère : c’est le réseau qui « rassemble le plus de cas de désinformation », et c’est là que se trouvent les jeunes.
Le ministère ira jusqu’à répondre en « quasi-direct », en commentaire, aux publications virales qui véhiculent de la désinformation. Les réponses seront aussi publiées sur le site Santé.fr.
« La désinformation en santé est un lent poison mortel. C’est l’une des principales menaces pour notre santé publique. » — Stéphanie Rist, ministre de la Santé, 21 octobre 2026
TikTok concentre le plus de cas de désinformation en santé, selon le ministère : la riposte s’y jouera aussi en commentaires.
3 Français sur 10 ont déjà suivi un conseil erroné
Le ministère a dévoilé le même jour un sondage réalisé en ligne du 6 au 12 mars auprès d’environ 2 000 personnes : près de 4 Français sur 10 pensent être exposés à de fausses informations de santé au moins une fois par mois, 18 % au moins une fois par semaine.
Plus troublant : trois Français sur dix estiment avoir déjà suivi une recommandation erronée. Conséquence déclarée : l’interruption d’un traitement dans 32 % des cas, le retard d’une consultation médicale dans 34 %. Les domaines les plus touchés : la vaccination, le cancer et l’alimentation. En plein Octobre rose, le ministère pointe le cancer du sein, « très exposé aux fake news » : dépistage, mammographies, traitements, effets secondaires, pratiques alternatives.
« Une idée obsolète » : l’accueil est mitigé
Le Monde titre sur les réserves suscitées par le dispositif. Le pharmacologue Mathieu Molimard, coauteur d’un rapport sur la désinformation en santé remis au gouvernement en janvier avec dix recommandations, ne mâche pas ses mots : l’observatoire, « c’est une idée obsolète, surtout sans moyens », et « courir derrière la désinformation » est inutile, car elle est « sans limite ».
Le ministère a beau jeu de répondre que le dispositif ne coûte pas un euro de plus : aucune « enveloppe spécifique » n’est prévue, la veille étant assurée « au sein de la direction de la communication du ministère », qui sera « peut-être un peu renforcée ».
Une cellule, une chaîne TikTok et des baromètres : suffisant pour endiguer une fabrique de mensonges que la ministre elle-même qualifie d’industrialisée ? La réponse se jouera dans les commentaires.
