Le gel des tarifs des mutuelles censuré ce vendredi 23 octobre 2026 par le Conseil constitutionnel laisse des millions d’assurés face à une question simple : que devient la hausse de leur cotisation 2026 ? Réponse courte : elle reste. La juridiction a jugé contraire à la Constitution la disposition qui interdisait aux complémentaires santé d’augmenter leurs tarifs par rapport à 2025. Une décision à effet immédiat, prise sur une question prioritaire de constitutionnalité portée par la Mutualité française et France Assureurs.
98,5 % des assurés ont vu leur cotisation grimper en 2026, selon une enquête citée par la presse.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Si votre mutuelle a augmenté en 2026 malgré le gel, cette décision du Conseil constitutionnel lui donne raison, juridiquement. Contester cette hausse en invoquant l’article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 devient quasiment sans issue : le texte qui aurait dû la bloquer n’existe plus.
Concrètement, trois choses à savoir. Les hausses déjà payées ne seront pas remboursées. Les litiges en cours sur le sujet ont peu de chances d’aboutir. Et les organismes, désormais déliés de cette contrainte, n’ont plus aucune limite légale pour fixer leurs tarifs 2027.
« Ces dispositions portent, au regard de l’objectif poursuivi, une atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre et à la liberté contractuelle. » — Conseil constitutionnel, décision du 23 octobre 2026.
Un gel que personne n’avait appliqué
Le paradoxe de l’affaire, c’est que le gel n’a jamais vraiment existé dans la vie des assurés. Le Conseil constitutionnel a tranché un débat déjà réglé sur le terrain.
Une enquête menée en avril auprès de 4 271 assurés montre que 98,52 % d’entre eux ont vu leur cotisation augmenter en 2026. Sur les réponses exploitables, le surcoût moyen s’élève à 106,21 euros par an. Certaines personnes seules signalent des majorations allant jusqu’à 2 000 euros annuels. De son côté, la Mutualité française avait annoncé pour 2026 des hausses moyennes de 4,3 % sur les contrats individuels et de 4,7 % sur les contrats collectifs.
Autrement dit : la loi interdisait les hausses, et presque tout le monde a été augmenté quand même. Le texte reste une protection théorique, son application un angle mort.
Pourquoi les Sages ont dit non
L’article 13 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 combinait deux mesures. D’un côté, une contribution exceptionnelle de 2,05 % sur les organismes complémentaires, censée rapporter environ un milliard d’euros à la Sécurité sociale. De l’autre, une phrase censée protéger l’assuré : « Pour l’année 2026, le montant de ces cotisations ne peut être augmenté par rapport à celui applicable pour l’année 2025. »
Les organismes invoquent le vieillissement démographique et le transfert de charges depuis la Sécu pour justifier leurs hausses.
L’amendement, défendu par le député socialiste Jérôme Guedj, avait été voté en décembre 2025 malgré l’opposition du gouvernement. Le rapporteur général du budget de la Sécu avait alors prévenu d’un risque d’inconstitutionnalité. Dix mois plus tard, les Sages lui donnent raison : interdire toute hausse « quelle qu’en soit la cause » empêche les organismes de couvrir leurs charges, et l’objectif de protection des consommateurs ne suffit pas à justifier cette atteinte.
Dans un communiqué commun, la Mutualité française, la Fédération des institutions paritaires et France Assureurs se sont félicitées. Leur argument : la « progression structurelle des dépenses de santé liée au vieillissement démographique », le transfert de charges depuis la Sécu et la hausse de la fiscalité rendent le gel intenable.
Que faire si votre cotisation a grimpé en 2026
Premier réflexe, le plus efficace : comparer. Les avis d’échéance arrivent à l’automne, et 2027 s’annonce rude, avec des hausses annoncées autour de 8 % en médiane pour les contrats individuels. C’est le moment de regarder ailleurs.
Deuxième réflexe : la résiliation infra-annuelle. Après un an de contrat, vous pouvez changer de mutuelle à tout moment, sans frais ni pénalités. Votre nouvel organisme s’occupe des démarches, la couverture se poursuit sans interruption.
Troisième réflexe : demander le détail. Votre mutuelle doit pouvoir expliquer la part de la hausse liée aux soins, à la taxe de 2,05 % et à ses propres coûts. Un comparatif ligne à ligne vaut mieux qu’un courrier de réclamation générique, désormais sans fondement juridique.
Une facture de mutuelle qui augmente de 8 % par an, ça finit par se voir. La décision du 23 octobre ne change pas ce que vous avez payé en 2026, mais elle lève le dernier obstacle aux hausses de 2027. Aux assurés de reprendre l’initiative avant la fin de l’année.
