Place de la République, 12 h 25 : les forces de l’ordre ouvrent le feu des lacrymogènes sur plusieurs centaines de manifestants rassemblés depuis les premières heures, rapporte Le Parisien. Le cortège officiel, prévu à 14 h, n’a même pas pris le départ. On l’avait racontée avant le départ des cortèges. Samedi soir, le récit n’est plus le même.
Ce que ça change pour vous : métro fermé, périmètres interdits, 135 € d’amende
C’est le premier jour des vacances de la Toussaint, et Paris roule au ralenti. La RATP a fermé 25 stations dès 8 h samedi, à la demande de la préfecture de police, dont Charles de Gaulle-Étoile, Concorde, Opéra, Tuileries et Madeleine. À partir de 12 h, les trains ne s’arrêtent plus non plus à Anvers, Blanche, Pigalle, Bastille et Bourse.
Les arrêtés d’interdiction de manifester couvrent les Champs-Élysées, les abords des lieux de pouvoir et des gares. Les franchir coûte 135 € d’amende : la préfecture de police a prévenu qu’elle verbaliserait.
Si vous devez sortir :
- Vérifiez sur ratp.fr les stations ouvertes avant de quitter la maison.
- Contournez les périmètres interdits : 135 € par infraction constatée.
- Pour les courts trajets, le vélo ou la marche restent les options les plus sûres.
- Évitez le secteur de la place de la République dans l’après-midi.
Manifestation 17 octobre : le bilan, heure par heure
8 h. Vingt-cinq stations de métro ferment. La préfecture interdit de manifester dans plusieurs secteurs parisiens, seuls les cortèges déclarés entre la place de la République et la place de Clichy sont autorisés.
8 h 30. À Lyon, les forces de l’ordre dispersent déjà des groupes aux gaz lacrymogènes sur les quais, puis près du pont de la Guillotière.
Matinée. Une vingtaine d’interpellations ont lieu après une action devant le siège de CNews à Paris : projectiles lancés, vitres brisées. Des contrôles préventifs stricts quadrillent la capitale.
11 h. La préfecture de police de Paris annonce 61 interpellations, 589 contrôles préventifs et 4 amendes forfaitaires. Rue du Faubourg-Saint-Denis, un groupe encerclé essuie une charge et des tirs de gaz lacrymogène vers 11 h 45, puis des manifestants dressent des barricades avec des barrières en direction de la place de la République.
12 h. Les gaz lacrymogènes tombent sur la place de la République. La préfecture dépasse la centaine d’interpellations dans la capitale, pour port d’équipements de protection (gants coqués, cagoules) ou d’armes prohibées. Un manifestant est blessé à la tête, le visage en sang, selon les médias Brut et CL Press.
Photo d’illustration : des gilets jaunes mobilisés en province lors d’une précédente journée d’action.
12 h 45. En région, 140 actions et 32 800 manifestants sont recensés. À Marseille, une intrusion est signalée dans la mairie, et un poste de police municipale de la Canebière est pris pour cible. À Rennes, 17 personnes sont interpellées et des barricades enflammées bloquent la rocade.
Mi-journée. L’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonce 166 interpellations sur tout le territoire national.
14 h. Départ prévu du cortège parisien, place de la République. À Lille, la CGT lance son cortège à 14 h 30 depuis la porte de Paris.
La mobilisation du 17 octobre a-t-elle fait autant de monde qu’annoncé ?
La veille, l’entourage du ministre de l’Intérieur tablait sur jusqu’à 190 000 manifestants hors Paris, au moins 40 000 dans la capitale et jusqu’à 10 000 dans les grandes métropoles. Le compte de la mi-journée, 32 800 en province, se situe nettement en dessous. Mais les cortèges de l’après-midi, à Paris, Lyon, Toulouse ou Lille, n’avaient pas encore défilé au moment de ce bilan intermédiaire. Le verdict chiffré viendra en soirée.
« Demain (…), ce type d’armement peut être utilisé. Les instructions que j’ai passées sont très claires : les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l’ensemble des armes intermédiaires à leur disposition », déclare Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, à propos de l’usage des grenades assourdissantes, vendredi 16 octobre sur France 2.
Pourquoi le 17 octobre, et qui défile ?
L’appel est né mi-septembre sur un compte TikTok anonyme, avec un mot d’ordre simple : ressortir les gilets jaunes contre la hausse des carburants. Puis la colère a élargi sa cible : les prix à la pompe, les salaires, les services publics, les retraites. Le HuffPost décrit une convergence entre gilets jaunes, lycéens, retraités et agriculteurs ; L’Actualité ajoute les étudiants et les militants du climat. Jérôme Rodrigues, figure du mouvement de 2018, a appelé à la « convergence des luttes » sur Facebook.
La date fait écho au 17 novembre 2018, journée fondatrice des gilets jaunes sur les ronds-points. Les autorités l’ont suivie « de près », selon Le Figaro, et le premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise.
Photo d’illustration : une mobilisation dans les rues de Paris, lors d’une précédente journée nationale d’action.
D’où vient la colère sur la vie chère ?
Les revendications ne se limitent plus au carburant. Le 5 octobre, la CGT a appelé à se mobiliser pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. Les lycéens, déjà en mouvement ces dernières semaines, ont grossi les rangs, avec les retraités et les agriculteurs en province.
Et la suite ?
Le mouvement lycéen pourrait « retomber le temps des vacances », selon les états-majors cités par Le Figaro, qui jugent aussi les étudiants « pas prêts à un soulèvement généralisé ». Mais les services gardent un œil sur les ronds-points : les occupations de giratoires et de stations-service, mode d’action emblématique des gilets jaunes, visaient directement les automobilistes ce samedi.
La question qui restera après la dispersion des derniers cortèges tient en une phrase : la colère contre la vie chère s’éteint avec les gaz lacrymogènes, ou elle revient à la prochaine date cochée sur les réseaux sociaux ?
