Ce 1er octobre, jour de la journée mondiale du chocolat, la France va croquer. Chocolatiers en fête, dégustations, tables entières couvertes de tablettes. Pourtant, en ce jour de célébration, un drôle de goût amer flotte sur les rayons : la tablette de chocolat noir, vendue 1,20 euro il y a encore quelques années, s’affiche aujourd’hui entre 3 et 4 euros, relève le site féminin ffeminin. Et le pire ? Les cours du cacao, qui expliquaient cette flambée, sont repartis à la hausse après un été de détente.
Pourquoi votre tablette ne redescend jamais ?
L’association UFC-Que choisir a mis les chiffres sur la table dès le 1er avril : le prix du chocolat a augmenté de 15,7 % entre avril 2024 et avril 2025, et une nouvelle hausse moyenne de 4 % était attendue en avril 2026. Ferrero Rocher caracole en tête avec +10 %, suivi de Kinder (+7 %), Milka (+8 %), Lindt (+7 %) et Nestlé (+4 %). Le constat est partagé par Le Monde et par Le HuffPost : quand les cours mondiaux du cacao s’envolaient en 2024 et 2025, les marques ont répercuté. Quand ils ont chuté, elles ont gardé.
Le Syndicat du chocolat avance une explication : le délai entre l’achat des fèves et la mise en rayon peut aller de six mois à un an et demi. Le cacao fondu dans les tablettes de cette année aurait donc été acheté au plus fort de la flambée. Une mécanique plausible, mais qui n’explique pas tout. Car pendant que les prix montaient en rayon, la plupart des grands industriels réduisaient discrètement la part de cacao dans leurs recettes, remplaçaient du beurre de cacao par d’autres matières grasses et rabottaient les formats.
Le cacao est-il vraiment devenu moins cher ?
La courbe donne le vertige. Selon Le Temps, qui a publié le 29 septembre un dossier sur la filière, le cours moyen tournait autour de 7 000 dollars la tonne en septembre 2025, s’est effondré jusqu’à 3 200 dollars en mars 2026, puis est remonté autour de 5 900 dollars la tonne ces derniers jours. Le site Sika Finance confirme : cette semaine encore, le cacao a rebondi de 5,5 %, passant de 5 327 à 5 619 dollars la tonne.
Plus précis encore, le relevé quotidien de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), relayé par Actu Alt Plus le 28 septembre, situe le cours à 6 101,20 dollars la tonne au 14 septembre, contre 4 395 dollars en juin : +38,8 % en trois mois. La « chute » du cacao décrite au printemps ressemble désormais à un creux passager. Et avec la campagne ivoirienne annoncée en retard de huit à dix semaines, selon les mêmes sources, la tension pourrait durer.
Des cabosses ouvertes : à l’intérieur, les fèves dont dépend tout le marché du chocolat.
Pendant ce temps, le planteur touche 11 % du prix
Voilà le paradoxe qui fait le plus grincer. Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), publiée en 2024 et citée par Le Monde, montre que les distributeurs et les marques captent à eux seuls 70 % de la valeur d’une tablette de chocolat noir, contre 11 % seulement pour les producteurs.
Et ces producteurs vont encore moins bien. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, le Conseil du Café-Cacao a fixé le 1er septembre le prix d’achat bord champ à 1 200 francs CFA le kilo pour la campagne principale 2026-2027, contre 2 800 francs CFA l’an dernier : une chute de 57 %, rapporte Le Temps. À côté, le Ghana voisin a fixé le 25 septembre son prix producteur à environ 2 100 francs CFA le kilo, soit 75 % de plus, selon linfodrome et l’Informateur. Deux voisins, la même fève, et un planteur ghanéen qui encaisse près d’une fois et demie plus qu’un planteur ivoirien.
Sur votre tablette à 3 euros, le cacao pèse moins que la marque imprimée sur l’emballage.
Journée mondiale du chocolat 1er octobre : que fête-t-on exactement ?
La Journée mondiale du cacao et du chocolat est célébrée chaque 1er octobre, à l’initiative de l’Académie française du chocolat et de la confiserie, dans le sillage du « Cocoa Day » institué par l’Organisation internationale du cacao. Son but affiché : mettre en lumière le travail des petits planteurs, promouvoir une agriculture durable et équitable, et rappeler que des millions de familles vivent de cette culture, surtout en Afrique de l’Ouest.
Une fête qui a du sens, tant la France entretient avec le chocolat une vieille histoire : introduit au début du XVIIe siècle à Bayonne par des chocolatiers fuyant l’Inquisition, devenu boisson de cour avant de se démocratiser avec la révolution industrielle, il est aujourd’hui l’un des produits les plus consommés du pays. La première tablette à croquer est apparue en Angleterre en 1847, rappelle le Muséum de Toulouse.
Comment bien choisir sa tablette : la méthode en cinq gestes
- Lire le pourcentage : plus il est élevé, moins il y a de sucre et de matières grasses ajoutées. Un 70 % noir reste la référence des puristes.
- Traquer le beurre de cacao : s’il est remplacé par d’autres graisses végétales dans la liste des ingrédients, la qualité suit le même chemin.
- Comparer le poids, pas le prix : les formats ont fondu sans que les prix suivent. Vérifiez le prix au kilo, pas l’emballage.
- Préférer l’artisan local : les chocolatiers bean-to-bar affichent l’origine des fèves et travaillent souvent en direct avec des coopératives.
- Sentir avant de croquer : un bon chocolat libère ses arômes au nez avant la bouche. La cassure doit être nette et sonore.
Le tempérage au marbre, geste du chocolatier : c’est là que naît la brillance et la cassure nette.
Alors ce 1er octobre, offrez-vous votre tablette. Mais choisissez-la les yeux ouverts : regardez le pourcentage, le poids, l’origine. Le chocolat est devenu cher parce que le cacao vaut cher, parce que les marges sont grasses, et parce que ceux qui le cultivent sont payés au lance-pierre. Célébrer cette journée, c’est aussi décider à qui profite votre gourmandise.
