Mercredi 21 octobre, tard le soir, l’Assemblée a adopté par 60 voix contre 56 l’interdiction de l’hexane dans l’alimentation à partir de 2027. L’amendement de l’écologiste Benoît Biteau, glissé dans le budget de la Sécu, est passé contre l’avis du gouvernement et du rapporteur général Thibault Bazin. Douze abstentions : sans les voix d’une partie du camp présidentiel, divisé, le texte tombait.
Le solvant pétrolier que vous ne verrez jamais sur une étiquette
L’hexane est un solvant issu de la pétrochimie qui sert à extraire l’huile des graines de colza, de tournesol ou de soja. Les graines déjà pressées sont lavées à contre-courant pour en tirer la dernière goutte d’huile. Rendement : environ 97 %, contre près de 89 % pour une pression mécanique à froid, selon un rapport Greenpeace de septembre 2025. La Fédération nationale des corps gras chiffre à 95 % la part des graines écrasées en France avec ce procédé.
Le plus troublant : vous ne le verrez jamais écrit sur un paquet. L’hexane n’est pas un ingrédient mais un « auxiliaire technologique » : la directive européenne de 2009 encadre son usage sans obliger les fabricants à le mentionner. Impossible, donc, de le repérer et de l’éviter.
Photo d’illustration : une bouteille d’huile de tournesol. L’hexane est classé « auxiliaire technologique » : il n’apparaît sur aucune étiquette. Crédit : Wikimedia Commons (CC0).
Interdiction de l’hexane dans l’alimentation en 2027 : que prévoit exactement le texte ?
Le texte interdit le recours à l’hexane dans la fabrication des aliments à compter du 1er janvier 2027. Trois gestes sont visés : produire, transformer, importer. Un produit fabriqué à l’étranger avec de l’hexane tomberait sous la même règle. La viande, le lait et les œufs sont aussi concernés dès lors que l’animal a été nourri avec des tourteaux extraits à l’hexane, ces résidus de graines utilisés pour le bétail.
Pour la faire respecter, une contribution de 10 % du chiffre d’affaires des secteurs concernés ira à l’Assurance Maladie, selon le principe du « pollueur-payeur ». C’est ce lien avec la Sécu qui a permis de glisser la mesure dans le budget.
« Le principe de précaution exige que nous nous séparions de l’hexane dans notre alimentation », a défendu Benoît Biteau dans l’hémicycle, selon LCP.
Pourquoi les scientifiques tirent la sonnette d’alarme
Ce solvant est reconnu comme toxique pour le système nerveux : en février 2026, l’Agence européenne des produits chimiques l’a inscrit sur sa liste des substances « extrêmement préoccupantes ». Il est aussi suspecté d’être un perturbateur endocrinien. Le député MoDem Richard Ramos, qui suit le dossier depuis des années, a cité dans l’hémicycle des travaux établissant un lien avec la maladie de Parkinson. « Sur ce sujet, la science a parlé », a-t-il lancé, selon l’AFP.
En mai 2025, Radio France a trouvé des résidus d’hexane dans 25 produits sur 54 testés, beurres, œufs et poulet, dont certains labellisés bio. Greenpeace, qui réclame l’interdiction depuis des années, dit en avoir détecté jusque dans du lait infantile.
En face, l’industrie conteste. Thibault Bazin estime que les études ne montrent pas de risque lié aux résidus alimentaires, les problèmes sanitaires n’étant établis qu’en cas d’exposition répétée et prolongée. La Fédération des corps gras rappelle la limite européenne de 1 mg/kg dans les huiles et des niveaux mesurés dix à vingt fois inférieurs, sans alerte sanitaire constatée.
Photo d’illustration : un champ de tournesols en Camargue. Selon la Fédération nationale des corps gras, 95 % des graines oléagineuses écrasées en France passent par l’extraction à l’hexane. Crédit : Albert Torelló / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0).
Ce que ça change pour vous, concrètement
- Rien ne change demain matin dans votre cuisine. Le vote n’est qu’une étape : il dépend de la version finale du budget de la Sécurité sociale, dont le vote solennel est prévu le 27 octobre avant un passage au Sénat. L’AFP rappelle que le rejet du texte « apparaît probable », et la disposition pourrait ne pas survivre.
- En attendant, l’hexane reste invisible : aucune étiquette ne le mentionne.
- Si la mesure entre en vigueur le 1er janvier 2027, les industriels devront changer de procédé d’extraction ou payer la contribution de 10 % : une première pour un auxiliaire technologique.
Quatre voix d’écart pour un solvant que personne ne voit et que presque tout le monde consomme : le vote de mercredi ne règle rien à lui seul, mais il met sur la table, pour la première fois, la fin d’un procédé vieux de quarante ans.
