« Il y aura une hausse des prix alimentaires et ce sera une hausse de plusieurs pour cent. » Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, l’a dit sans détour il y a quelques jours. Son collègue d’Intermarché, Thierry Cotillard, parle d’un « mur d’inflation » et évoque le spectre de 2022.

Pour l’instant, les étiquettes font semblant de dormir : l’institut Circana a constaté en septembre que les prix des produits de grande consommation restaient stables pour le troisième mois d’affilée, fruits et légumes frais mis à part. Le calme est trompeur : les discussions qui fixeront les tarifs 2027 s’ouvrent le 1er décembre, pour une entrée en vigueur le 1er mars 2027.

Ce que ça change pour vous : trois dates à retenir

  • 1er décembre 2026. Ouverture des négociations commerciales entre distributeurs et industriels, pour trois mois. C’est là que se jouera le prix de vos pâtes et de vos yaourts.
  • 1er mars 2027. Les nouvelles grilles tarifaires entrent en vigueur, encadrées par la loi Egalim 2. Environ 65 % des ventes alimentaires passent par la grande distribution.
  • Avril 2027. Les étiquettes bougent vraiment en rayon. « Le temps que les tarifs soient répercutés dans les magasins, ce sera en avril », prévient Emily Mayer, directrice « business insights » chez Circana, qui « table sur une hausse de 2,5 % au minimum ».

Une cliente pousse son chariot dans un rayon de supermarché Les prix resteront stables en rayon jusqu’au printemps, mais la hausse se joue dès décembre dans les négociations.

Pourquoi les prix vont-ils augmenter en 2027 ?

Trois chocs s’additionnent. La guerre au Moyen-Orient : +10 % en moyenne pour les emballages plastiques, environ +15 % pour le transport, +15 à 20 % pour l’aluminium, selon les industriels. « L’électricité et le gaz vont être chers, le plastique va être cher et la matière première agricole va être chère », résume Thierry Cotillard sur France Inter.

Le climat, ensuite. Les 53 jours de fortes chaleurs et de sécheresse de cet été ont lourdement affecté la production agricole, et certaines usines ont fermé temporairement faute d’eau. En août, les prix des céréales (maïs, blé, orge) avaient déjà progressé de 22,1 % sur un an, selon l’Insee, leur plus haut niveau depuis février 2023. En Bretagne, la récolte de haricots verts et de petits pois a été tellement catastrophique que la coopérative Eureden a fait tourner ses usines au ralenti.

2022 va-t-il recommencer ?

Entre 2021 et 2023, les prix alimentaires avaient bondi de plus de 20 %. « Nous ne sommes pas du tout dans le scénario brutal de la guerre en Ukraine », tranche Nicolas Facon, patron de l’Ilec. La hausse des coûts serait « moindre, plus hétérogène, et plus étalée dans le temps ».

« Lorsqu’on connaît la difficulté pour certains, reprendre une hausse de 8 %, 9 %, 10 % sur les courses alimentaires, ce sera compliqué. J’en profite pour leur dire : soyons raisonnables. » — Thierry Cotillard, PDG des Mousquetaires

Une exception : les produits frais, négociés toute l’année, ne suivront pas ce calendrier. Le patron de Carrefour l’a déjà chiffré : +5 % en juillet, +7 % en août, +9 % en septembre pour les fruits et légumes.

Qui se bat pour quoi avant le 1er décembre ?

Deux récits s’affrontent, et chacun se présente comme votre allié. Michel-Édouard Leclerc promène depuis la rentrée sa cape de défenseur du pouvoir d’achat sur les plateaux. Le 1er octobre, la Fédération du commerce et de la distribution a même enjoint aux industriels du lait de « contractualiser » avec les producteurs avant toute négociation avec la distribution.

Face à elle, l’agro-industrie dit qu’elle « suffoque ». « Les industriels sont pris à la gorge », lâche Nicolas Facon, patron de l’Ilec : la distribution bloque toute discussion sur des ajustements ciblés, et l’industrie absorbe seule le choc. La Fédération des entreprises et entrepreneurs de France chiffre le besoin : en moyenne, une hausse immédiate de 6 % pour répercuter les coûts. La coopérative Eureden résume sa demande à « quelques centimes sur une boîte de haricots verts à moins de 2 euros ».

Un rayon alimentaire bien rempli d’un supermarché français Derrière les rayons pleins, une bataille de trois mois décidera des tarifs de 2027.

Le 1er décembre, une poignée de négociateurs décidera du prix de vos pâtes en mars. Et aucun d’entre eux ne paiera la facture à votre place.