La journée du 5 novembre 2026 s’annonce comme la date la plus chaude de l’automne social. Ce mercredi 21 octobre, les cinq grandes organisations syndicales ont quitté Matignon les mains vides, après deux heures et demie de réunion avec le Premier ministre Sébastien Lecornu et plusieurs de ses ministres. Une heure plus tard, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, lançait l’appel devant les caméras : une grève générale à partir du 5 novembre, « la mobilisation la plus large possible », dans le privé comme dans le public.
Le mot d’ordre dépasse la CGT. L’intersyndicale — CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU — porte ensemble une journée nationale de grève et de manifestations ce jeudi 5 novembre, pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. La formule de Binet laisse même entendre que le mouvement pourrait se prolonger au-delà de cette seule journée, avec des assemblées générales sur les lieux de travail « pour généraliser la grève le 5 novembre et au-delà ».
Ce que ça change pour vous, concrètement
On est à deux semaines de l’échéance, et il reste beaucoup d’inconnues. Ce qui est déjà acquis : ce ne sera pas une grève de secteurs isolés. L’appel couvre salariés du privé, agents publics, jeunes et retraités. Si vous êtes salarié, retenez le droit simple : dans le privé, aucun préavis ni aucune déclaration ne sont exigés pour faire grève.
Les retenues sur salaire suivront les règles habituelles : un agent public perd en général 1/30e de sa rémunération par jour de grève. Dans le privé, la retenue doit être proportionnée à la durée de l’arrêt de travail, et la grève ne peut être sanctionnée.
Pour vos déplacements, un réflexe dès maintenant : si vous avez un train, un vol ou un rendez-vous important le 5 novembre, prévoyez un plan B et ne bloquez rien de non modifiable avant le 4 au soir. C’est à ce moment-là que les vraies prévisions de circulation tombent, la veille de la grève. Les syndicats de cheminots ont déjà appelé à cesser le travail, et le rail est le secteur le plus exposé. Quant à la RATP, aucun préavis spécifique n’était connu à ce jour. Pour les écoles, les cantines et les hôpitaux, tout dépendra des préavis déposés par chaque fédération dans les prochains jours. Si vous êtes parent, surveillez les communications de l’école de vos enfants à partir de la semaine prochaine.
Photo d’illustration : un rassemblement de cheminots devant une gare.
Pourquoi le 5 novembre ?
La date ne sort pas de nulle part. Début octobre, l’intersyndicale avait déjà appelé public et privé à une journée d’action ce jour-là. Ce qui a changé ce mercredi, c’est le ton. Samedi 17 octobre, des cortèges massifs ont défilé contre la vie chère dans tout le pays, et des violences ainsi que des pillages ont éclaté en marge de plusieurs manifestations, dont le bilan reste lourd. Dimanche, Emmanuel Macron s’est adressé aux Français à 20 heures. Lundi, Lecornu a écrit aux syndicats pour les inviter à Matignon, et le gouvernement a annoncé des mesures de soutien aux commerces pillés, dont un chômage partiel payé à 100 %.
La réunion de ce mercredi devait solder cette séquence. Raté. À la sortie, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a parlé d’une rencontre « décevante » et exigé « des réponses sociales d’ici le 5 novembre ». Cyril Chabanier, président de la CFTC, a utilisé les mêmes mots, tout en notant que le gouvernement a « ouvert la porte à une discussion autour du Smic ». Pour Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, les réponses obtenues restent « très en dessous de ce que l’on peut attendre ».
« Le Premier ministre, le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications. Il ne faut pas s’étonner que la colère progresse. » — Sophie Binet, à la sortie de Matignon.
Que réclament les syndicats ?
L’appel intersyndical tient en une ligne : les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. Derrière, les demandes sont précises. Les cinq organisations veulent l’ouverture immédiate de négociations salariales dans toutes les entreprises et toutes les branches, l’augmentation des pensions des retraités, la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, la hausse du Smic et de toutes les aides sociales.
La CFDT va plus loin avec des chiffres : une hausse de 100 euros du Smic, un plancher de 100 euros de hausse dans les négociations de branches, et la suppression des allègements de cotisations pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu. La CGT, elle, réclame une hausse de 10 % du Smic et l’indexation des salaires sur les prix. Tout le monde s’accorde sur les moyens pour les services publics et sur des mesures de justice fiscale visant les patrimoines, les héritages et les dividendes. Et le budget 2027 du gouvernement, que Sophie Binet a qualifié de « dangereux pour le pays », est dans le viseur du tract de la CGT.
Photo d’illustration : une manifestation à Paris.
Transports, écoles, hôpitaux : à quoi s’attendre le 5 novembre ?
Deux semaines, c’est long. Les préavis ne sont pas tous déposés, et la participation réelle se mesurera aux assemblées générales que la CGT veut voir fleurir sur les lieux de travail. Mais quelques signaux sont déjà là.
Le rail d’abord. Selon les appels déjà lancés, quatre fédérations de cheminots ont donné le mot d’ordre de grève pour le 5 novembre, et les syndicats dénoncent aussi l’ouverture à la concurrence et les suppressions de postes. Les voyageurs doivent retenir une règle : la loi impose aux agents grévistes de se déclarer 48 heures à l’avance, ce qui permet à la SNCF de publier ses prévisions la veille. Pour un trajet le 5 novembre, vérifiez votre train le mercredi 4 au soir, puis le matin même.
Les écoles ensuite. Les fédérations enseignantes appellent à la grève, avec des conséquences possibles sur les accueils périscolaires et les cantines. Les parents des classes élémentaires le savent : dans le premier degré, les enseignants grévistes doivent déclarer leur intention de faire grève à l’avance. Les mairies publieront les informations sur l’accueil minimum dans les jours qui précèdent.
À la RATP, en revanche, rien d’annoncé à ce stade. Les prévisions des réseaux urbains, elles aussi, tomberont la veille. Et dans les hôpitaux, la continuité des soins s’appliquera comme à chaque mouvement : grève possible, mais service minimum garanti.
Et samedi 24 octobre ?
Avant le 5 novembre, il y a le 24 octobre. La coordination des gilets jaunes a appelé à un « acte II » ce samedi-là, avec un parcours entre Bastille et Opéra à Paris, et plusieurs dizaines d’actions déjà recensées sur sa carte en ligne. La CGT a annoncé qu’elle serait dans la rue ce jour-là « pour accompagner celles et ceux qui souhaitent se mobiliser, pour protéger les jeunes et les travailleurs ». Rappel utile : les lycéens sont en vacances de la Toussaint, mais les jeunes restent l’une des catégories que les syndicats veulent voir dans les cortèges. Les préfectures trancheront d’ici vendredi sur les rassemblements, comme elles l’ont fait pour les jours précédents. Notre point complet sur le 24 octobre reste à jour.
Que dit le gouvernement ?
Officiellement, le dialogue n’est pas rompu. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a dit aux syndicats qu’il les recevrait « prochainement pour parler du pouvoir d’achat ». Devant l’Assemblée, Sébastien Lecornu a assuré mardi qu’il comptait faire « un point très précis » avec les syndicats sur les questions budgétaires, avec des « réflexions » qui pourraient être reprises « en fin de discussion budgétaire, lors de la seconde lecture ». Dimanche, Emmanuel Macron avait annoncé que des représentants des corps intermédiaires seraient reçus rapidement.
Reste que la balle est désormais dans le camp de l’exécutif, comme l’a résumé Marylise Léon : sans « réponses concrètes » aux revendications des jeunes et des travailleurs d’ici le 5 novembre, la journée de grève aura lieu. Et avec la formule de la CGT — la grève « doit prendre le relais » —, elle pourrait ne pas s’arrêter le 5 au soir.
