La question que tout le monde se pose ce jeudi soir, c’est celle du nombre. Grève du 5 novembre 2026 : combien de manifestants ont vraiment défilé ? Le ministère de l’Intérieur répond près de 600 000 à 17 heures, Paris compris. La CGT, elle, parle de 1,6 million, dont 350 000 dans la capitale. Les deux camps comptent différemment, comme toujours. Un point ne se discute pas : c’est la plus grosse journée de l’automne, devant le 17 octobre (550 000 selon Beauvau), le 24 (410 000) et le 31 (320 000).

L’appel venait de l’intersyndicale, CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU, rejointe par la CFTC, la CFE-CGC et Solidaires. Pour la première fois depuis la rentrée, les syndicats appelaient ensemble dans le public et dans le privé. Les mots d’ordre tenaient en quatre points : les salaires, les pensions, les services publics et le budget 2027. La CGT a recensé 252 actions dans tout le pays.

Ce que ça change pour vous : le Smic, dès vendredi ?

C’est la partie qui concerne directement les fiches de paie. Le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, a évoqué sur franceinfo une annonce « probablement demain », vendredi 6 novembre, d’une « mesure sur le Smic », selon l’AFP. Rien de précis pour l’instant, mais les positions sont connues.

La CGT exige 10 % d’augmentation du Smic. La CFDT demande un coup de pouce de 100 euros nets. Côté gouvernement, la piste évoquée dans la presse est plus modeste : une anticipation au 1er décembre de la revalorisation automatique prévue au 1er janvier 2027, avec un éventuel coup de pouce de 0,5 à 0,6 %, soit environ 20 euros par mois, selon Le Monde. Le Smic concerne près de 12 % des salariés en France.

La suite se joue lundi 9 novembre. Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait ce jour-là les organisations de salariés et d’employeurs pour une conférence sociale « permettant d’apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires », a précisé Matignon.

« La question qui est posée aujourd’hui, c’est pas “est-ce qu’on va gagner” mais “combien va-t-on gagner ?” » Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, exige 10 % d’augmentation du Smic.

Que faire, concrètement ? Pour le Smic, rien à demander : une éventuelle hausse s’applique automatiquement. Surveillez simplement l’annonce de vendredi et la conférence de lundi. Pour ceux qui ont fait grève, une journée coûte en général 1/30e de la rémunération dans le public, et une retenue proportionnelle à la durée de l’arrêt dans le privé.

Combien de manifestants, ville par ville ?

À 13 heures, le ministère comptait déjà 270 000 manifestants dans 180 cortèges, hors Paris. La CGT en annonçait plus de 250 000 dans 73 villes à la même heure. L’écart entre les deux décomptes s’est creusé dans l’après-midi, comme à chaque grande journée.

À Lyon, la préfecture a compté 30 500 manifestants, la CGT 55 000. À Rennes, entre 20 600 et 35 000 personnes ont défilé. À Bordeaux, de 21 000 à 120 000 selon la source.

La journée heure par heure

Le matin a commencé par les lycées. Matignon en a compté 81 bloqués sur 3 700, quand le SNES-FSU en évoquait près d’un millier, bloqués ou fermés administrativement. À Tournefeuille, près de Toulouse, un lycée a été en partie incendié après des tirs de mortier au petit matin. Aucun blessé, mais l’établissement a été évacué et fermé pour la journée.

À 11 heures, la RATP a fermé 25 stations de métro le long du parcours parisien et autour de l’Assemblée nationale et de la Concorde. La tour Eiffel et l’Arc de Triomphe ont fermé leurs portes « en raison de la grève nationale ».

Le cortège parisien s’est élancé à 14 heures de la place de la République vers la place de la Nation, par le boulevard Voltaire. C’est le parcours imposé par la préfecture de police, après le refus du trajet Bastille-Concorde demandé par les syndicats.

L’après-midi, des tensions ont éclaté à Lyon, des incidents à Nantes, et des affrontements à Rennes à partir de 15 heures. Le ministère de l’Intérieur avait mobilisé 70 000 policiers et gendarmes.

À 17 heures, le chiffre de Beauvau est tombé : près de 600 000 manifestants. Dans la foulée, Matignon annonçait la conférence sociale de lundi. À 17 h 44, la CGT publiait son propre bilan : 1,6 million.

Transports et écoles : ce qui a vraiment été perturbé

Côté rail, la journée a été rude. Un TGV sur dix a été supprimé sur les grands axes. En Île-de-France, le RER D a circulé à un train sur trois, le RER B à un train sur deux au nord et deux sur trois au sud, le RER C à un train sur deux. Le métro, lui, a fonctionné normalement. Les TER ont été perturbés, voire fortement perturbés, en Bretagne, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans les Hauts-de-France.

Des voyageurs sur un quai de gare, devant un TGV, un jour de grève Photo d’illustration : un quai de gare un jour de grève, avec des voyageurs massés devant les trains.

Le préavis des cheminots court du mercredi 4 novembre à 19 heures au vendredi 6 novembre à 8 heures. Les perturbations durent donc jusqu’à vendredi matin. Si vous prenez le train demain, vérifiez votre trajet sur SNCF Connect avant de partir.

Dans les écoles, près de 16 % des enseignants étaient en grève à la mi-journée, selon le ministère de l’Éducation nationale, dont 17,54 % dans le premier degré. Le SNES-FSU, lui, a recensé 52 % des personnels en grève dans les collèges et lycées.

Une foule dense de voyageurs bloqués entre deux trains sur un quai de gare Photo d’illustration : un quai saturé de voyageurs entre deux trains, un jour de grève à la SNCF.

Et maintenant ?

Trois rendez-vous à noter. Vendredi 6 novembre, d’abord, avec l’annonce attendue sur le Smic. Samedi ensuite, avec l’acte IV des gilets jaunes, qui prévoit un rassemblement à 14 heures place de la Concorde, et des actions annoncées dès vendredi. Lundi 9 novembre enfin, avec la conférence sociale à Matignon.

La journée du 5 novembre restera comme la plus suivie de l’automne. Reste à savoir si les chiffres de la rue se traduiront en chiffres sur les fiches de paie. La réponse commencera à tomber vendredi matin.