Dimanche 11 octobre, peu après 18 heures : Raphaël Glucksmann remporte la primaire avec 79 613 voix, soit plus de 66 % des suffrages. 120 787 électeurs ont voté en ligne ; Olivier Faure (14,46 %), Ségolène Royal (7,62 %), Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj sont loin derrière. Le patron de Place publique portera les couleurs de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle de 2027.
Oubliez le score : ce qui va intéresser votre compte en banque, c’est le programme économique détaillé pendant la campagne et passé au crible ce lundi par la presse. Baisser la CSG sur les salaires, porter le SMIC à 1 600 euros net, ramener la retraite à 62 ans : trois promesses chiffrées, financées par une taxe sur les très gros héritages.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Combien ? Une auxiliaire de vie payée 2 000 euros gagnerait environ 105 euros de plus par mois avec la baisse de la CSG, selon l’exemple du candidat lui-même ; le JDD évoque même jusqu’à 200 euros nets de plus sur la fiche de paie. Et le SMIC passerait de 1 477,93 à 1 600 euros net : un peu plus de 120 euros mensuels en plus au minimum.
Quand ? Ce sont des promesses pour après la présidentielle d’avril 2027 : le SMIC à 1 600 euros serait atteint « au cours des deux premières années » suivant l’élection. Rien ne s’applique aujourd’hui, et rien ne s’appliquera sans victoire électorale puis vote d’une loi.
Qui est concerné ? Les salariés pour la baisse de la CSG : la mesure ne toucherait pas les pensions de retraite, sur lesquelles la CSG resterait prélevée à 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 % selon les revenus. Pour la retraite à 62 ans, tout le monde est concerné, mais avec des âges de départ différenciés selon la pénibilité du métier.
Que faire ? Pour l’instant, rien : ce sont des propositions de campagne, pas des droits ouverts. Le seul réflexe utile, c’est de comparer les programmes quand la campagne officielle commencera — et de repérer dès maintenant la ligne CSG sur votre fiche de paie.
Dimanche 18 heures : le fil des faits vérifiés
- Vendredi 9 octobre, 8 heures. Ouverture du vote en ligne, aussitôt perturbé par une cyberattaque, sans compromettre les votes selon la commission. 120 787 électeurs inscrits.
- Dimanche 11 octobre, peu après 18 heures. Glucksmann recueille 79 613 voix, soit plus de 66 % des suffrages : victoire dès le premier tour. Faure (14,46 %), Royal (7,62 %), Maurel et Guedj sont distancés.
- Dimanche soir. Ségolène Royal, au micro de Franceinfo : « Le stagiaire a gagné la primaire, malheureusement ». Elle assure qu’elle soutiendra le candidat désigné.
- Dimanche 20 heures. Invité du 20 Heures de France 2, Glucksmann fait battre à l’émission son record d’audience.
- Lundi 12 octobre. François Hollande, grand absent de la primaire, poursuit les dédicaces de son livre « Unir » : ses ambitions pour 2027 restent intactes, selon son entourage.
- Lundi 12 octobre. Le Figaro publie le décryptage détaillé du programme économique du vainqueur : CSG, SMIC, retraites, fiscalité.
La CSG va-t-elle vraiment baisser ?
La CSG sur les salaires est aujourd’hui de 9,2 %. C’est cette ligne-là qui bougerait sur votre fiche de paie.
La CSG sur les salaires est aujourd’hui de 9,2 %, contre 7,5 % avant 2018 — la hausse de l’époque avait compensé la suppression des cotisations salariales chômage et maladie. Glucksmann propose de faire machine arrière, en partie.
Son argument, défendu pendant les débats : la CSG « n’est pas une cotisation sociale, c’est un impôt, et un impôt qui n’est pas progressif ». La baisser ferait monter le net sans que les entreprises paient un euro de plus, et la perte pour la Sécurité sociale serait compensée par 15 milliards d’euros de recettes nouvelles, venues de la taxation des très gros héritages.
Les critiques existent : l’économiste Mathieu Plane y voit du « bricolage fiscal » aux effets de bord nombreux, et Olivier Faure avait jugé la mesure « absurde », défendant les cotisations comme un « salaire différé ».
Nuance de taille : la baisse ne concernerait que les salaires. Les retraités, qui paient la CSG sur leur pension à 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 % selon leurs revenus, ne verraient pas leur prélèvement bouger.
« Glucksmann SMIC 1600 euros » : c’est pour quand ?
Le SMIC net mensuel vaut aujourd’hui 1 477,93 euros (depuis le 1er juin 2026). La promesse : 1 600 euros net, atteints « au cours des deux premières années » suivant l’élection d’avril 2027. Soit un peu plus de 120 euros par mois pour un salarié au minimum.
À titre de comparaison, Olivier Faure proposait un SMIC à 1 700 euros : la promesse de Glucksmann est en dessous de celle de son rival battu, mais nettement au-dessus du niveau actuel.
Point de vigilance : une hausse du SMIC ne fait pas automatiquement monter les salaires situés juste au-dessus. Les grilles se négocient entreprise par entreprise, et l’écart peut se resserrer pour ceux qui gagnent un peu plus que le minimum.
La retraite reviendra-t-elle à 62 ans ?
C’est le seul point qui faisait l’unanimité entre les cinq candidats de la primaire : abroger la réforme des retraites de 2023 et ramener l’âge légal de 64 à 62 ans.
Le retour à 62 ans concernerait tout le monde, avec des départs différenciés selon la pénibilité.
Glucksmann y ajoute sa marque : des âges de départ différenciés selon la pénibilité. Ouvriers et agents d’entretien partiraient plus tôt ; à l’inverse, « certains vont partir plus tard à la retraite, les cadres supérieurs dans les grandes administrations, les grandes entreprises, et cela, c’est la justice ». Il met en avant un écart de « plus de dix ans » d’espérance de vie en bonne santé entre ouvriers et cadres supérieurs.
Les femmes et les carrières hachées, pénalisées par le système actuel selon lui, bénéficieraient aussi de cette prise en compte des parcours.
« Les deux tiers du patrimoine des Français sont constitués par leur héritage, et un tiers seulement par le travail. On est en train de recréer une société de privilèges. » — Raphaël Glucksmann
Qui paierait la facture ? Les « méga héritages »
Tout l’édifice repose sur une taxation des 1 % d’héritages les plus élevés, ceux situés au-delà de 2 millions d’euros, chiffrée à 15 milliards d’euros par an. Concrètement : le taux au-delà de 1,8 million d’euros grimperait de 45 à 50 %, le pacte Dutreil (qui exonère en grande partie les transmissions d’entreprises) serait revu, et les plus-values latentes des actions transmises seraient taxées.
Glucksmann annonce aussi un « grand chantier fiscal » pour rééquilibrer la taxation entre le travail, le capital, l’héritage et les retraites, aujourd’hui défavorable aux salariés selon lui.
Reste que tout cela n’existe que sur le papier : rien ne peut voir le jour sans victoire en avril 2027, puis sans majorité à l’Assemblée. Et les sondages invitent à la prudence : une semaine avant la primaire, seuls 25 % des Français s’y intéressaient, et 72 % estimaient que son vainqueur ne se qualifierait pas au second tour. Le chemin entre une promesse de campagne et une ligne sur votre fiche de paie est encore long.
