Le prix gazole record octobre 2026 est tombé : 2,24 euros le litre en moyenne dans l’Union européenne. C’est le chiffre du bulletin pétrolier hebdomadaire de la Commission européenne, analysé par l’AFP, et il n’avait jamais été aussi haut. Un centime de plus que le record de la semaine précédente. Et ce n’est qu’une moyenne : dans douze pays sur 27, dont la Belgique, l’Italie, la Roumanie et la Pologne, le record national vient aussi de tomber. Ce vendredi matin, Bruxelles convoque les États membres pour une réunion d’urgence. L’enjeu dépasse le porte-monnaie : c’est une crise géopolitique qui frappe à la pompe.
La semaine où le gazole a décroché tous les records
Retour sur une spirale qui dure depuis huit mois. En février, avant les frappes américano-israéliennes sur l’Iran et le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le litre de gazole coûtait en moyenne 1,59 euro dans l’UE. Puis le détroit d’Ormuz s’est refermé : par ce goulet transitent environ 20 % des hydrocarbures mondiaux. Depuis, le compteur ne s’arrête plus.
Au Danemark, aux Pays-Bas et en Finlande, le litre dépasse les 2,50 euros. Allemagne : 2,44 euros. Belgique : 2,43 euros, nouveau record national. Italie : 2,35 euros, +7 centimes en une semaine. La France s’en sort un peu mieux : 2,37 euros en moyenne, en très légère baisse sur une semaine, selon les données communiquées par les autorités nationales à Bruxelles. À noter : dans le prix que vous payez, 40 % sont des taxes, en moyenne européenne, et les aides ciblées comme celle des grands rouleurs français ne sont même pas déduites de ces chiffres.
Ce que ça change pour vous, dès aujourd’hui
Premier constat : en France, le gazole valait en moyenne 2,386 €/L ce jeudi 1er octobre, selon Roole Data, avec une micro-baisse de 0,6 centime. Les prix se stabilisent donc, mais à un niveau stratosphérique, une vingtaine de centimes au-dessus du niveau d’il y a un mois, d’après le suivi du Figaro à partir des données de Bercy.
Le compteur tourne vite : à 2,37 € le litre en moyenne en France, un plein de 50 litres coûte près de 120 euros.
Deuxième constat : le prix n’est pas le seul problème. Une station sur cinq a connu cette semaine une rupture momentanée d’au moins un carburant, et 11 % des stations étaient en rupture de gazole un jour donné. Les livraisons suivent mal, les transporteurs subissent la flambée de plein fouet, et quand le carburant des camions coûte aussi cher, c’est toute la chaîne des prix qui tremble.
Ne comptez pas sur une baisse rapide : tout se joue ce vendredi, à Bruxelles et à Washington.
Pourquoi Washington met-il la pression sur l’Europe ?
Jeudi, le ministre américain des Finances Scott Bessent a sommé les Européens de mettre « immédiatement » du gazole sur le marché. La menace, selon la presse américaine : le gouvernement Trump exigerait que la France et l’Allemagne prélèvent du diesel sur leurs réserves stratégiques, sous peine d’une interdiction des exportations de gazole américain vers l’Europe.
« Toute mesure visant à interdire les exportations de gazole serait inattendue pour les Européens et aurait des conséquences très lourdes sur les performances de notre économie. » — Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, en marge du G20 Commerce aux États-Unis.
Jeudi soir, la porte-parole de la Commission Anna-Kaisa Itkonen a annoncé la réunion de ce vendredi matin avec les États membres, « afin d’étudier les mesures appropriées pour remédier à ces prix élevés ». Le commissaire à l’Énergie Dan Jorgensen s’est entretenu avec les autorités françaises, allemandes, italiennes, irlandaises et britanniques. L’Agence internationale de l’énergie est associée : c’est elle qui avait coordonné, en mars, une libération collective de stocks stratégiques de pétrole.
Que peut décider l’Europe ce vendredi ?
Trois leviers sont sur la table. Une libération coordonnée des stocks stratégiques de diesel, comme en mars dernier. Un encadrement des prix à la pompe, comme le font déjà les distributeurs italiens (Eni, Socar et Q8 plafonnent le gazole autour de 2,19 €/L). Ou une taxe sur les bénéfices exceptionnels des énergéticiens, réclamée par six ministres des Finances européens.
En France, TotalEnergies a déjà instauré un plafonnement dans ses stations : 2,25 €/L pour le gazole, 1,99 €/L pour l’essence. Mais son PDG Patrick Pouyanné s’oppose à toute taxe sur les superprofits. Et côté gouvernement, le silence domine pour l’instant : Emmanuel Macron a annoncé le 18 septembre vouloir réunir un G7 sur l’énergie d’ici la mi-octobre, avec à l’ordre du jour la « reconsidération des options de libération potentielle de stocks stratégiques ». En attendant, l’unique bouée reste l’aide aux grands rouleurs, dont les données officielles ne tiennent d’ailleurs pas compte dans les moyennes.
Le gazole est le carburant du transport routier et des machines agricoles : sa flambée se répercute sur toute l’économie.
Carburants : comment limiter la facture en attendant ?
Aucune aide nouvelle n’étant annoncée, les automobilistes devront d’abord compter sur eux-mêmes :
- Comparer les stations avant de faire le plein. Les écarts entre enseignes dépassent 20 centimes au litre : sur un plein de 50 litres, ça fait 10 euros d’écart.
- Vérifier son éligibilité aux aides. L’aide aux grands rouleurs est prolongée : si vous roulez beaucoup pour travailler, un tour sur service-public.fr s’impose. Les aides carburant restent le principal amortisseur pour les budgets les plus tendus.
- Adopter l’écoconduite. Rouler à 110 au lieu de 130 sur autoroute, anticiper les freinages, vérifier la pression des pneus : jusqu’à 15 % d’économie, l’équivalent de 35 centimes par litre à prix constant.
- Grouper les déplacements. Avec l’inflation qui a déjà franchi 3 % en septembre, chaque trajet inutile coûte double.
2,24 euros. C’est un chiffre qu’on aurait cru impossible il y a un an. Il est pourtant affiché en grand sur le bulletin officiel de la Commission européenne. Ce vendredi, à Bruxelles, les 27 vont tenter de répondre à la question que des millions d’automobilistes se posent chaque matin devant la pompe : jusqu’où ?
