Jeudi, quand vous tendrez votre Carte Vitale chez le pharmacien, quelque chose aura changé sans que rien n’ait bougé. La boîte restera à un euro. La consultation, à deux. Ce qui change, c’est le plafond : la limite annuelle que la Sécurité sociale peut vous retenir. Le décret n° 2026-858, signé le 11 septembre et publié au Journal officiel le lendemain, l’acte noir sur blanc.

Concrètement, deux compteurs distincts montent en parallèle. Celui des franchises médicales passe de 50 à 70 euros par personne et par an, et celui des participations forfaitaires suit la même trajectoire. Faites l’addition : un assuré non exonéré pourra désormais laisser jusqu’à 140 euros par an sur ces deux postes, contre 100 euros jusqu’à ce mercredi soir.

Un euro la boîte, deux euros la consultation : les prix unitaires ne bougent pas

C’est le point le plus important, et aussi le plus mal compris. Rien de ce que vous payez au comptoir ne change jeudi. La franchise reste fixée à 1 euro par boîte de médicaments remboursable, 1 euro par acte d’auxiliaire médical — infirmier, kinésithérapeute — et 4 euros par transport sanitaire. La participation forfaitaire demeure à 2 euros par consultation ou acte médical concerné, par examen de radiologie ou analyse de biologie.

Ce que le décret prolonge, c’est la durée pendant laquelle l’Assurance maladie prélève ces petites sommes. Pour la participation forfaitaire à 2 euros, le plafond passe de 25 à 35 consultations ou actes par année civile. Pour les franchises, la même logique s’applique aux boîtes de médicaments et aux actes paramédicaux. Les plafonds journaliers ne bougent pas : 4 euros maximum par jour pour les soins paramédicaux, 8 euros pour les transports sanitaires.

Un médecin en consultation avec une patiente : la participation forfaitaire de 2 euros reste, mais le plafond annuel passe de 25 à 35 actes La consultation reste facturée 2 euros de participation forfaitaire : le décret porte à 35 le nombre d’actes retenus par année civile, contre 25 auparavant.

Les malades chroniques et les patients suivis en première ligne

Qui paiera ces 40 euros de plus ? Surtout ceux qui cumulent soins et suivi régulier. Le gouvernement défend une hausse « mesurée », justifiée par un déficit persistant de l’Assurance maladie. Associations de patients, MG France, CGT et UNSA maintiennent leur opposition, après l’abandon du scénario initial à 200 euros.

Les chiffres de la Cour des comptes et de la Drees donnent la mesure de l’impact. Un tiers des assurés atteignent déjà la tranche 46–50 euros pour les franchises, et 21 % pour les participations forfaitaires. Les assurés en affection de longue durée acquittent en moyenne 78 euros par an sur ces postes, contre 41 euros pour les autres : ils franchiront les nouveaux plafonds presque mécaniquement.

« Les patients qui consultent fréquemment leur médecin, réalisent de nombreux examens ou prennent des traitements toute l’année seront particulièrement affectés. » — Le Particulier / Le Figaro, 22 septembre 2026

Le décret prévoit que les deux plafonds seront revalorisés chaque année à partir de 2028, en fonction de l’inflation : la hausse de jeudi n’est pas un événement isolé.

Comment estimer votre reste à charge 2026

  • Comptez vos consultations et actes médicaux de l’année : chacun retient 2 euros, avec un maximum annuel désormais fixé à 70 euros.
  • Ajoutez 1 euro par boîte de médicaments remboursable, 1 euro par acte d’infirmier ou de kiné, 4 euros par transport sanitaire : le second plafond monte lui aussi à 70 euros.
  • Si vous cumulez les deux jusqu’à leur limite, votre reste à charge maximal atteint 140 euros par an, contre 100 auparavant.
  • Vérifiez votre situation : moins de 18 ans, complémentaire santé solidaire ou autre exonération en cours vous mettent hors du dispositif.
  • Gardez en tête les plafonds journaliers, inchangés : 4 euros par jour pour les actes paramédicaux, 8 euros pour les transports.

Une médecin rédigeant une ordonnance : les malades chroniques et les patients suivis régulièrement seront les plus exposés aux nouveaux plafonds Les assurés en affection de longue durée paient déjà en moyenne 78 euros par an de franchises et participations, selon la Cour des comptes : ils franchiront les nouveaux plafonds presque mécaniquement.

Le paradoxe tient en une phrase : personne ne paiera plus cher demain à la pharmacie, mais bien plus d’assurés atteindront le plafond avant la fin de l’année. La Sécu ne prélève pas davantage sur chaque soin ; elle prélève plus longtemps. Reste à chacun de faire ses comptes, ordonnances en main.