Le week-end du 17 octobre a laissé des vitrines brisées dans plusieurs villes de France. Lundi 19 octobre, à l’issue d’une cellule interministérielle de crise, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé le plan de l’exécutif. Deux mots d’ordre : protéger les centres-villes dès ce soir, et protéger les portefeuilles dès demain. Le fonds de soutien, lui, reste une promesse à chiffrer : rendez-vous mardi pour les modalités.

Des fourgons de police déployés à Paris lors d’une nuit de tensions (photo d’illustration, 2026) Des fourgons de police déployés à Paris lors d’une nuit de tensions (photo d’illustration, 2026)

Le fil des annonces, heure par heure

Lundi matin, le ministre du Commerce Serge Papin réunit à Bercy les fédérations de commerçants, les artisans, les restaurateurs et les hôteliers, ainsi que les banques et les assureurs. Premier chiffre lâché : les commerces touchés par les dégradations et les pillages sont « sans doute 3 000 au moins » dans tout le pays. Le président de CCI France évoque, lui, plus de 2 000 commerces touchés, et Alexandre Bompard, patron de la Fédération du commerce et de la distribution, parlait déjà dimanche de 1 500 commerces et d’une facture de « centaines de millions d’euros ».

Vers 13 h 15, Sébastien Lecornu prend la parole. Le Premier ministre demande aux préfets de déclencher « un certain nombre de couvre-feux pour ce soir », des couvre-feux « partiels » et « très localisés », décidés avec les maires et les chambres de commerce. « Il n’est pas question de mettre tout Paris sous couvre-feu, ça n’a pas de sens », précise-t-il. La carte des zones concernées doit être communiquée dans l’après-midi.

Dans la même déclaration, il ouvre la porte à une mesure plus lourde : l’état d’urgence n’est « pas exclu » si la situation l’exige. Il accuse au passage le « mouvement de l’ultragauche » de vouloir « organiser un désordre profond dans le pays jusqu’à l’élection présidentielle ».

Côté bilan humain, les chiffres de la mobilisation restent vertigineux : au moins 550 000 manifestants samedi, 2 331 gardes à vue, près d’un millier de blessés parmi les forces de l’ordre et les manifestants. Selon l’exécutif, 80 % des gardes à vue ont été suivies de poursuites pénales, et 200 enquêteurs de la préfecture de police de Paris analysent actuellement les vidéos, avec la possibilité pour les citoyens d’alimenter les enquêtes. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui avait proposé sa démission dimanche, a été reconduit lundi par Emmanuel Macron.

Ce que ça change pour vous : combien, quand, qui, que faire

C’est la partie qui compte vraiment, et elle tient en quatre questions.

Combien ? Les salariés des commerces dégradés ou pillés toucheront 100 % de leur revenu, pris en charge par l’État : « Il n’est pas question qu’il y ait de la casse sociale dans cette affaire », a martelé Sébastien Lecornu. Côté banques, le Crédit Agricole a annoncé un moratoire sur les remboursements de crédits et une ligne de crédit d’urgence à 2,5 %, jusqu’à 20 000 €, déblocable sous 48 heures ; les terminaux de paiement endommagés ou volés seront remplacés gratuitement sous 48 heures. Le montant du fonds de soutien spécifique, lui, n’est pas encore chiffré : il répondra au « besoin de trésorerie » des commerces, dont beaucoup « avaient déjà fait leur stock, y compris pour Noël ».

Quand ? Le chômage partiel est déclenché par une instruction ministérielle et sera effectif dès mardi 20 octobre. Les annonces du fonds de soutien suivront les échanges avec les fédérations, jusqu’à mardi. Les couvre-feux, eux, s’appliquent dès ce lundi soir.

Qui est concerné ? Les salariés des commerces touchés par les dégradations et les pillages du week-end, quel que soit le secteur : commerces de centre-ville, artisans, restaurateurs, hôteliers. Les indépendants sans salarié, en revanche, ne sont pas éligibles au chômage partiel : c’est le fonds de soutien qui devra les couvrir.

Que faire ? Pas de guichet unique pour l’instant, mais des réflexes dans l’ordre : porter plainte (le récépissé sera demandé partout), déclarer le sinistre à son assurance sans attendre, contacter la chambre de commerce ou la chambre des métiers, demander des délais au service des impôts des entreprises et à l’Urssaf, puis écrire à sa banque.

Qui a droit au chômage partiel payé à 100 % ?

Tous les salariés des commerces dont l’activité est réduite ou suspendue à cause des dégradations. Concrètement : la boutique dont la vitrine a été brisée et qui ne peut pas rouvrir, le restaurant contraint de fermer pendant les réparations, l’hôtel dont l’accueil est inutilisable. L’employeur déclare la situation, et l’indemnité est versée à la date habituelle du salaire. Pour les salariés au SMIC, le revenu est garanti à 100 % de toute façon ; l’annonce du gouvernement étend cette garantie à tous les salariés concernés, l’État prenant la différence à sa charge.

« On a décidé de déclencher le chômage partiel dès demain, on le fait tout de suite à 100 %. Il n’est pas question qu’il y ait de la casse sociale dans cette affaire. » — Sébastien Lecornu, lundi 19 octobre

Fonds de soutien commerces pillés : comment sera-t-il versé ?

C’est encore l’inconnue du dispositif. Le gouvernement a annoncé le principe lundi, les modalités seront fixées avec les fédérations du commerce et du tourisme, les banques et les assureurs d’ici mardi. Ce que l’on sait : il s’adresse à « l’ensemble de ces commerces » touchés, il vise la trésorerie immédiate, et il s’ajoutera aux reports de charges fiscales et sociales déjà évoqués. La déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution, Judith Jiguet, réclame pour sa part « un soutien concret et immédiat : allègement des charges sociales et fiscales, et accélération des procédures ».

Mon commerce a été pillé : quelles démarches, dans quel ordre ?

Les cabinets d’avocats qui accompagnent les commerçants sinistrés recommandent la même chronologie.

  • Photographier et filmer tout, avant même de ranger : vitrines, stocks détruits, locaux. Inventorier les marchandises volées ou endommagées, conserver les factures d’achat.
  • Porter plainte au commissariat : le récépissé de plainte est la pièce maîtresse du dossier, exigée par l’assurance, l’Urssaf et les impôts.
  • Déclarer le sinistre à son assurance, par téléphone : les déclarations sont simplifiées et le délai exceptionnellement prolongé jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026, avec un acompte forfaitaire possible pour lancer les premiers travaux sans attendre l’expertise, selon les dispositifs annoncés par les assureurs.
  • Contacter sa chambre de commerce (la CCI Paris Île-de-France a l’habitude de ces cellules d’aide) et sa chambre des métiers, qui orientent vers les dispositifs locaux.
  • Demander des délais au service des impôts des entreprises et à l’Urssaf pour les échéances affectées par la fermeture, en joignant le récépissé de plainte.
  • Écrire à sa banque : moratoire sur les crédits, crédit d’urgence, reports d’échéances. Chez LCL, par exemple, les commerçants sinistrés peuvent aussi demander un report jusqu’à douze mois de leur crédit immobilier personnel, et les encaissements sont rétablis sous 48 heures.

Une rue commerçante en France : au moins 3 000 commerces ont été dégradés ou pillés ce week-end, selon le gouvernement (photo d’illustration) Une rue commerçante en France : au moins 3 000 commerces ont été dégradés ou pillés ce week-end, selon le gouvernement (photo d’illustration)

Les banques et les assurances font-elles vraiment un geste ?

Oui, et c’est chiffré. Outre le Crédit Agricole (ligne d’urgence jusqu’à 20 000 € à 2,5 %, déblocable sous 48 h), LCL annonce un crédit court terme « Coup de Pouce » de 10 000 à 20 000 € sur 24 mois à 2,5 %, sans frais d’étude, avec possibilité de remboursement différé, selon les informations publiées par la presse spécialisée. La même banque prévoit des reports d’échéances de trois mois, prolongeables de trois mois, sans pénalité, ainsi que la gratuité des commissions monétiques pendant trois mois dans la limite de 1 000 €. Côté assurances, les discussions avec la fédération du secteur visent à accélérer les expertises, ouvrir rapidement les guichets et verser des acomptes.

Où vont s’appliquer les couvre-feux ?

Uniquement là où les violences ont été les plus fortes : des « centres urbains » ciblés, pas des villes entières. Les préfets déterminent les zones et les horaires en concertation avec les maires, et la carte devait être communiquée lundi après-midi. Vérifiez les arrêtés de votre préfecture et les communications de votre mairie : ce sont les seules sources fiables pour savoir si votre quartier est concerné, et à partir de quelle heure.

L’état d’urgence sera-t-il déclenché ?

Pas ce soir. Sébastien Lecornu l’a dit clairement : les couvre-feux « paraissent davantage adaptés » pour l’instant, mais l’état d’urgence reste possible « si c’est nécessaire ». Le dispositif permettrait des restrictions de circulation et des interdictions de rassemblement plus larges. À noter : la coordination des gilets jaunes a annoncé un « acte II » pour samedi, avec d’autres mobilisations prévues le 31 octobre et le 5 novembre. Le match PSG–Barcelone de mardi soir et Lille–Galatasaray mercredi, eux, sont maintenus.

Pour des milliers de commerçants, la semaine qui commence se jouera entre deux urgences : sécuriser la boutique ce soir, et sauver la trésorerie demain. Le chômage partiel à 100 % et les crédits d’urgence achètent du temps ; le fonds de soutien, lui, devra transformer ce temps en reprise.