Pour vos enfants, la question des écrans tient en un calcul qu’on ne fait jamais vraiment : combien de temps par jour passent-ils devant ? Santé publique France a publié le 2 octobre un dossier qui donne la réponse, et elle surprend. Un foyer français connecté possède en moyenne 11,2 équipements numériques, contre 9,6 un an plus tôt. Les 3-5 ans passent environ 1 h 30 par jour devant les écrans, les 9-11 ans près de 2 h 30. L’agence parle d’une génération « ultra-connectée ».

Ces chiffres ne sortent pas d’un sondage isolé. Ils s’appuient sur l’étude ENABEE, menée par Santé publique France auprès de plus de 13 000 parents d’enfants de 3 à 11 ans. Le détail : 1 h 22 par jour chez les 3-5 ans, 1 h 53 chez les 6-8 ans, 2 h 33 chez les 9-11 ans. Plus de la moitié des plus jeunes dépassent déjà l’heure quotidienne, et 55 % des 9-11 ans dépassent deux heures. Au collège, l’usage des réseaux sociaux s’envole, avec une exposition plus forte chez les filles.

L’étude révèle aussi une fracture sociale nette : chez les 3-5 ans, 72 % des enfants de parents peu diplômés dépassent une heure d’écran par jour, contre 35 % chez les enfants de parents très diplômés. La présence d’un écran dans la chambre suit le même schéma.

Enfants, écrans : combien de temps par jour selon les autorités ?

La réponse officielle varie selon l’âge, et elle est plus stricte qu’on ne l’imagine souvent. L’Organisation mondiale de la santé recommande zéro écran avant 2 ans, une heure maximum par jour entre 2 et 5 ans, deux heures maximum après 5 ans. Le Haut Conseil de la santé publique va plus loin pour les tout-petits : aucun écran avant 3 ans, et pas d’écran dans la chambre des enfants.

Le psychiatre Serge Tisseron a résumé ces repères dans la règle des 3-6-9-12 : pas de télévision avant 3 ans, pas de console avant 6 ans, pas d’internet seul avant 9 ans, accompagnement jusqu’à 12 ans. Simple à retenir, moins simple quand la tablette de l’aîné traîne dans le salon.

Une famille à table, chacun les yeux sur son smartphone pendant le repas Le repas de famille n’échappe plus aux écrans : c’est l’un des premiers réflexes à reconquérir, selon les experts.

La psychologue Sabine Dufflo propose les « 4 pas » : pas d’écran le matin avant l’école, pas pendant les repas, pas seul dans la chambre, pas avant le coucher. Des frontières, pas des durées : c’est souvent ce qui aide le plus les parents au quotidien.

Sommeil, école, vue : ce que les écrans changent pour de vrai

Santé publique France met en garde contre des effets désormais bien documentés : le sommeil se dégrade, la sédentarité progresse, la vision souffre. Un enfant couché tard après une soirée sur tablette ne perd pas qu’une heure de repos : sa concentration du lendemain en prend un coup.

La pédopsychiatre Lise Barthélémy, membre du collectif Surexpositions Écrans, voit passer ces cas dans son cabinet de Montpellier : irritabilité, sommeil écourté, devoirs bâclés. Elle recommande de réserver les écrans récréatifs au week-end, pendant un temps modéré, pour les enfants de plus de 6 ans.

« Les écrans récréatifs ne doivent être utilisés que le week-end pendant un temps modéré avec les enfants de plus de 6 ans. »

Ces mots viennent d’une pédopsychiatre qui les voit tous les jours. Ils tranchent avec l’habitude la plus répandue : la tablette allumée dès le retour de l’école, parce que le parent cuisine et que le calme a un prix.## Cinq règles simples à installer dès ce week-end

Pas besoin de tout changer d’un coup. Cinq gestes, du plus facile au plus exigeant :

  • Sortir les écrans des chambres, à commencer par celui du parent : l’exemple vaut toutes les règles.
  • Sanctuariser les repas. Téléphones posés à l’entrée de la cuisine, table redevenue un lieu de discussion.
  • Éteindre une heure avant le coucher. La lumière des écrans retarde l’endormissement, même quand l’enfant semble « fatigué ».
  • Fixer la durée à l’avance, pas à la fin. Annoncé avant le dessin animé, « dix minutes et on arrête » passe mieux qu’un arrêt imposé en plein suspense.
  • Proposer une alternative concrète. Un ballon, un jeu de société, une sortie au parc : tout bat le « ne reste pas devant ton écran » répété dix fois.

Des enfants rient et jouent ensemble dans un parc, loin des écrans Le meilleur écran, disent les pédiatres, reste celui qu’on n’allume pas : l’activité physique en extérieur protège aussi la vue.

Santé publique France refuse de faire porter tout le poids sur les parents. L’agence appelle à une réponse collective : réglementation des plateformes, prévention, éducation. Depuis le 1er septembre, les portables sont d’ailleurs interdits dans les lycées français, après les collèges. Si la société entière commence à poser des limites, la maison n’est plus la seule à dire non.

Reste la question la plus simple et la plus difficile : combien de temps vous leur accordez demain, et quelle règle vous tiendrez vraiment.