Arracher les dahlias avant le gel, c’est le geste d’automne qu’on remet le plus souvent à la semaine suivante. Les fleurs tiennent encore, le massif a belle allure. Le problème, c’est que le dahlia ne pardonne pas : ses tubercules ne sont pas rustiques sous nos climats. Laissés en terre, ils gèlent ou pourrissent dans un sol d’hiver détrempé. Une après-midi de travail, et les mêmes pieds refleurissent l’été suivant.
Le signal qui ne trompe pas : le feuillage noirci
Oubliez la date sur le calendrier. Le moment de s’y mettre, c’est la première gelée qui grille le feuillage : les feuilles et les tiges noircissent, et c’est le signe que la plante a rapatrié ses réserves dans les tubercules. Couper avant ce signal, c’est priver les tubercules d’une partie de leurs réserves. Attendre que le sol gèle en profondeur, c’est les exposer directement au froid.
Si aucune gelée ne vient et que novembre s’installe, ne traînez pas : un sol froid et gorgé d’eau fait presque autant de dégâts que le gel.
Les 5 gestes, dans l’ordre
- Étiquetez avant de couper. Tant que les fleurs sont identifiables, attachez une étiquette avec le nom de la variété à chaque pied. En novembre, tous les tubercules se ressemblent.
- Coupez les tiges à 10 ou 15 cm du sol. Gardez ce moignon : il sert de poignée et porte l’étiquette.
- Piquez la fourche-bêche à 20 ou 30 cm du pied. Soulevez la motte par en dessous, doucement. Ne tirez jamais sur les tiges : les tubercules cassent au collet, et un tubercule cassé là ne repart pas.
- Secouez la terre sans laver. Enlevez la terre qui tombe toute seule, jetez les tubercules mous, abîmés ou tachés de moisissure. Un seul tubercule pourri peut contaminer toute la caisse pendant l’hiver.
- Retournez les mottes tête en bas quelques heures. L’eau logée dans les tiges creuses s’écoule, au lieu de stagner tout l’hiver.
Des tubercules fermes et sains, c’est tout ce qu’il faut garder : les mous et les tachés partent au compost, ils ne survivront pas à l’hiver.
Le séchage : l’étape qu’on bâcle le plus
C’est là que beaucoup de récoltes se perdent, en silence, entre novembre et février. Les tubercules doivent sécher quelques jours dans un endroit aéré, sec et hors gel : garage, appentis, remise. Posez-les en une seule couche, sans les entasser. La peau durcit, les petites blessures cicatrisent. Rentrer des tubercules encore humides dans une caisse fermée, c’est installer la moisissure.
Une caisse de tubercules rentrée humide, c’est une récolte perdue en février. Le séchage de quelques jours vaut plus que tous les fongicides.
Conserver les tubercules tout l’hiver : 4 à 10 °C, au sec et dans le noir
Une fois secs, les tubercules se rangent dans une caisse ou un carton, calés dans des copeaux de bois, de la vermiculite ou du papier journal froissé. Le local idéal reste entre 4 et 10 °C, sombre et aéré : cave saine, cellier, garage qui ne gèle pas. Pas de sac plastique fermé, qui condense et fait pourrir, ni de pièce chauffée, qui les dessèche.
Un contrôle par mois suffit : retirez ceux qui ramollissent ou se tachent. Si le calage est sec comme de la poussière et que les tubercules se rident, vaporisez un peu d’eau.
Peut-on laisser les dahlias en terre l’hiver ?
Dans le Midi ou dans un jardin au sol très drainant, certains jardiniers les laissent en place sous 15 cm de paillis, posé après les premiers froids. Ça marche parfois, jamais à coup sûr : un hiver humide ou un froid tardif, et la touffe est perdue. Une variété qu’on tient à garder, on l’arrache.
Quand replanter les dahlias ?
Au printemps, quand les gelées sont passées et que la terre s’est réchauffée. C’est aussi le moment de diviser les grosses touffes : chaque morceau gardé doit porter un morceau de collet avec au moins un œil visible, ce petit bourgeon d’où partira la tige. Un tubercule sans œil, même gros et ferme, ne donnera jamais de fleur. Laissez sécher les coupes un jour ou deux avant de planter. Vos dahlias de l’été prochain sont déjà là, dans une caisse au garage.
