Novembre vide les arbres et remplit les jardins. Les feuilles s’entassent contre les murs, sur la pelouse, dans les gouttières. Chaque année, la même question revient au moment de sortir le râteau : que mettre dans le composteur en automne, et que laisser dehors ? La réponse tient en un équilibre entre le vert et le brun. Les feuilles ramassées ne se brûlent pas : le brûlage des déchets verts est interdit et peut coûter 750 € d’amende.

Les feuilles mortes, le carburant du composteur

Une feuille morte, c’est presque que du carbone. Dans le langage des jardiniers, on parle de matière brune : sèche, riche en carbone, lente à se décomposer seule. Mélangée à des déchets humides, elle devient le carburant du composteur. Toutes les feuilles ne se valent pas. Celles du tilleul, du bouleau, de l’érable, du noisetier ou des arbres fruitiers se décomposent vite. Celles du chêne, du hêtre, du châtaignier ou du platane, plus épaisses et pleines de tanins, demandent davantage de temps. Broyées, elles finissent par se décomposer comme les autres. Un passage de tondeuse sur un tas de feuilles sèches suffit souvent à les fragmenter. Sans ce geste, un tas de feuilles seules peut mettre un à deux ans à devenir du terreau.

Un composteur en bois rempli de feuilles mortes d’automne, avec un thermomètre planté dans le tas Un tas bien équilibré chauffe : c’est le signe que les micro-organismes travaillent, même en novembre.

Que mettre dans le composteur en automne : la règle du mélange

Le compostage repose sur un mariage. D’un côté, les matières vertes : épluchures de légumes, marc de café, fanes du potager, fleurs fanées, quelques tontes. Humides et riches en azote, elles nourrissent les micro-organismes. De l’autre, les matières brunes : feuilles mortes, carton brun découpé, petites brindilles, paille. Sèches et riches en carbone, elles donnent de la structure et de l’air. La Royal Horticultural Society donne un repère simple : 25 à 50 % de matières vertes, le reste en brunes. En pratique, une couche de feuilles à chaque apport de cuisine suffit souvent à garder l’équilibre. Quand le tas devient gluant et qu’il sent mauvais, il manque de brun et d’air : on brasse à la fourche et on ajoute des feuilles sèches. Quand il reste sec et qu’il n’évolue pas, il manque de vert et d’eau. L’humidité idéale ressemble à celle d’une éponge essorée.

Ce qu’il ne faut jamais y mettre

Tout ce qui vient du jardin et de la cuisine n’a pas sa place dans un composteur domestique. La viande, le poisson, les produits laitiers et les aliments gras attirent les rats et dégagent de mauvaises odeurs. Les feuilles malades non plus : tavelure du pommier, mildiou, taches noires du rosier. Un compost de particulier monte rarement assez en température pour tuer les pathogènes, et les maladies reviendraient au jardin avec le compost. En cas de doute, direction la déchetterie. Les feuilles de noyer demandent un traitement à part : elles contiennent une substance qui gêne la croissance des tomates. Compostez-les séparément pendant une bonne année, et ne les mettez jamais en paillage frais.

Un composteur rempli uniquement d’épluchures devient une soupe qui sent mauvais. Le même, avec une poignée de feuilles mortes à chaque apport, devient une usine silencieuse.

Novembre, le bon moment pour démarrer

Si novembre est le bon mois, ce n’est pas un hasard. Depuis le 1er janvier 2024, chaque foyer doit trier ses biodéchets à la source, et les biodéchets représentent environ un tiers du poids des ordures ménagères. Pour qui a un jardin, le composteur individuel traite sur place épluchures et feuilles, et rend un terreau gratuit pour les massifs et le potager. Novembre fournit la matière brune en abondance, au moment précis où la cuisine en a besoin pour équilibrer ses déchets. Gardez quelques sacs de feuilles sèches au sec, à l’abri, pour en avoir sous la main toute l’année, à chaque apport humide.

Reste la patience : un compost démarré en automne met six mois à un an à mûrir, et le froid de l’hiver ralentit le travail des micro-organismes. Il ne sera pas forcément prêt au printemps. Ce n’est pas un échec, c’est le rythme normal.

Gros plan sur des feuilles mortes colorées entassées dans un composteur en bois Chêne, hêtre et châtaignier se décomposent plus lentement : broyez-les avant de les verser dans le composteur.

Démarrer en cinq gestes

  • Poser le composteur à mi-ombre, directement sur la terre nue, pour que les vers et les micro-organismes puissent monter.
  • Tapisser le fond d’une couche de brindilles : l’air doit circuler par en dessous.
  • Alterner les couches : une poignée de feuilles mortes, puis les épluchures, puis des feuilles à nouveau.
  • Arroser légèrement si le tas est sec, comme une éponge essorée, jamais détrempé.
  • Brasser à la fourche toutes les deux ou trois semaines pour réintroduire de l’air.

Au printemps, quand le tas aura fondu de moitié et qu’il sentira la terre de forêt, les feuilles ramassées en novembre auront changé de métier. Elles ne seront plus un déchet à évacuer, mais le meilleur amendement du jardin, gratuit et fait maison.