Après la « shrinkflation », qui réduisait discrètement le contenu des paquets, et la « greedflation », qui accusait les entreprises de gonfler leurs marges, les économistes anglo-saxons ont forgé un troisième néologisme : la « climateflation ». Le mot désigne la hausse des prix des denrées alimentaires directement causée par le dérèglement climatique. Et selon une étude de l’institut international Zero Carbon Analytics, publiée le 30 septembre 2026, ce n’est plus une projection lointaine : c’est déjà mesurable dans nos supermarchés.

Climateflation : c’est quoi, exactement ?

La scientifique Joanne Bentley-McKune, qui a dirigé l’étude, la définit ainsi : « une hausse permanente du coût de la vie quotidienne, alimentée par la dépendance aux énergies fossiles et les ravages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes ». Son équipe a passé au crible les flambées de prix des pommes de terre, des steaks ou des framboises sur tous les continents, entre 2024 et la mi-2026. Verdict : à l’exception d’un seul cas, une tempête hivernale en Floride qui avait fait grimper le cours de la tomate début 2026, tous les impacts recensés ont suivi des températures, des sécheresses ou des précipitations sans précédent dans les archives climatiques.

Café, nori, courgettes : les preuves s’accumulent

Les exemples frappent par leur diversité. Au Japon, le réchauffement de la surface de la mer a fait s’effondrer la production d’algues nori : leur prix de vente moyen a doublé en quatre ans. Au Brésil, la sécheresse extrême de 2024 a ravagé la récolte de café arabica, avec des prix en hausse de 35 % sur un an. Plus près de nous, la canicule de juin en France hexagonale a fait flamber de plus de 30 % le prix des courgettes et des tomates.

Grappes de cerises de café mûres sur un plantier Au Brésil, la sécheresse de 2024 a fait grimper le café arabica de 35 % en un an. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Aux États-Unis, le bœuf a atteint des sommets historiques : la chaleur et la sécheresse ont réduit les troupeaux, et les éleveurs ont dû faire des choix douloureux.

« Tous les impacts sur les prix des denrées alimentaires qu’ils ont recensés se sont produits à la suite de températures, de sécheresses ou de précipitations sans précédent. »

Pourquoi les prix ne redescendront pas comme avant

La « climateflation » se distingue justement par sa persistance. Une pluie ou un épisode de gel qui fait grimper les prix pendant quelques semaines, c’est banal. Ce qui change : l’inflation climatique est tenace, « aussi tenace que du lierre sur le pignon de la maison », note Le Monde. Chaque épisode sévère laisse des traces durables sur les cours mondiaux, puis sur les étiquettes.

Le phénomène pose une question qui dérange : la hausse des taux d’intérêt, l’arme habituelle des banques centrales, est-elle la bonne réponse quand une partie de l’inflation vient du climat ? Les risques, eux, s’accumulent : un « super El Niño » historiquement fort menace les récoltes mondiales jusqu’en 2027, et Goldman Sachs estime que les prix mondiaux des matières premières alimentaires pourraient grimper de 15,8 %. L’indice des prix alimentaires de l’ONU a déjà atteint en août son plus haut niveau depuis près de quatre ans.

Et en France, ça donne quoi ?

L’été 2026 a offert une illustration brutale du phénomène. Dès le mois d’août, la filière légumière évoquait un véritable « effondrement » de la production sur toute la façade ouest : choux-fleurs, petits pois et salades ont souffert, parfois même sur des parcelles irriguées. L’Insee a mesuré la suite : en septembre, les produits frais ont bondi de 9,9 % sur un an. La salade est devenue, selon l’interprofession Interfel, « le grand ténor de l’inflation », et la récolte française de pommes de terre de conservation a chuté de 23 %, l’un des plus forts décrochages jamais enregistrés.

Étal de fruits et légumes sur un marché Sur les étals comme dans les rayons, la météo s’invite désormais dans les étiquettes. (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0)

Nous avions déjà détaillé, produit par produit, ce qui allait coûter plus cher cet automne. La « climateflation » en est l’explication de fond : ce n’est pas une mauvaise saison, c’est un mécanisme.

Ce que ça change pour vos courses

  • Achetez de saison, vraiment. Les produits hors saison parcourent des milliers de kilomètres et encaissent chaque aléa climatique en route.
  • Congelez les bonnes affaires. Courgettes, tomates, poireaux blanchis : le congélateur reste la meilleure assurance contre la prochaine flambée.
  • Comparez au kilo, pas au paquet. Quand les prix montent, les formats changent : le prix au kilo ne ment pas.
  • Acceptez les calibres imparfaits. Les enseignes les bradent depuis l’été : même goût, étiquette plus douce.
  • Pensez circuits courts. Moins d’intermédiaires, moins de kilomètres : le producteur local encaisse moins les chocs mondiaux.

Les prix alimentaires ne sont plus seulement une question d’économie. Ils sont devenus un bulletin météo.

Sources : Zero Carbon Analytics (rapport du 30 septembre 2026), Le Monde, Bloomberg, Presse Agence, Insee.