Elle trône sur le perron depuis une semaine, la petite bougie vacille à l’intérieur. Puis le 1er novembre arrive, et la lanterne finit au fond du bac gris. Le réflexe est tellement ancré qu’on oublie de se poser la question : que faire de la chair de votre citrouille d’Halloween ? La réponse est simple. La manger. La chair se mange, et les graines aussi.

Mieux : il faut vingt minutes de four pour transformer ce qu’on jetait en apéro. Des graines rincées, un filet d’huile d’olive, du sel, du paprika ou du curry, 180 °C, et on surveille. Le reste de la soirée se grignote pendant qu’on raconte l’histoire du Jack-o’-lantern, cette lanterne née en Irlande où l’on creusait des navets avant que les émigrés ne découvrent, en Amérique, un légume bien plus généreux : la citrouille.

La citrouille d’Halloween se mange-t-elle vraiment ?

Oui. Toutes les parties de la citrouille sont comestibles, excepté la tige. La précision a son importance parce que la confusion règne dans les étals : la citrouille, c’est la ronde, orange, à la chair filandreuse. Le potiron, lui, est plus ou moins aplati, sa chair est plus sucrée et plus fine. En cuisine, le potiron gagne pour les soupes. La citrouille se défend très bien, à condition de connaître son point faible.

Son point faible, c’est sa texture. La chair de la citrouille d’Halloween est aqueuse et fibreuse : en morceaux, elle se délite et déçoit. Mixée, c’est une autre histoire. Velouté, purée, gratin, tarte : dès qu’elle passe sous le mixeur ou sous le fromage râpé, la fibre disparaît et il reste le goût doux de la courge. Côté nutrition, elle apporte du bêta-carotène, précurseur de la vitamine A, et des antioxydants.

Que faire de la chair de votre citrouille d’Halloween ?

Le plus simple, c’est de s’y prendre au moment de la sculpture. Au lieu de jeter le contenu de la cuillère, on trie : la chair saine d’un côté, les filaments de l’autre. Ensuite, quatre gestes suffisent.

  • Cuire. En quartiers au four, face coupée vers le bas, 40 à 50 minutes à 200 °C : la chair se concentre et caramélise légèrement. Plus rapide : des cubes 15 minutes à la vapeur, ou 15 à 20 minutes à la poêle avec un couvercle.
  • Mixer. Velouté avec un oignon et une pomme de terre, purée mélangée à des pommes de terre, gratin avec de la crème et de l’emmental : la chair filandreuse disparaît dès qu’elle est mixée ou gratinée.
  • Congeler le surplus. La purée de citrouille se congèle très bien, en portions, et se garde plusieurs mois. Pratique pour une soupe de décembre sans effort.
  • Compter juste. Inutile d’en acheter une deuxième pour la cuisine : celle de la déco suffit largement.

Velouté de citrouille servi dans un bol, parsemé de graines grillées La chair filandreuse de la citrouille disparaît une fois mixée : le velouté est sa meilleure destination.

La citrouille d’Halloween a d’abord été un aliment, bien avant de devenir une lanterne.

Graines grillées : l’apéro qui partait à la poubelle

C’est le geste le plus rentable de la soirée. Les graines de la citrouille, celles qu’on rince à contrecœur au-dessus de l’évier, donnent un apéro croustillant qui n’a rien à envier aux cacahuètes, avec en prime du zinc, du magnésium et des protéines végétales.

La méthode ne demande aucune technique. On récupère les graines en retirant les filaments, on les lave à l’eau froide en les frottant entre elles, puis on les sèche bien dans un torchon propre. Certains les laissent sécher une nuit à l’air libre : des graines bien sèches grillent mieux. Ensuite, on les mélange dans un bol avec un filet d’huile d’olive, du sel et les épices du placard. Paprika fumé, cumin, curry, poudre d’ail : tout passe. Les becs sucrés tenteront la version cannelle et sucre.

On étale sur une plaque recouverte de papier cuisson, et on enfourne à 180 °C pour 15 à 20 minutes. On remue à mi-cuisson et on surveille la fin : les graines passent du blond au doré très vite. Une fois refroidies, elles se gardent plusieurs jours dans un bocal hermétique, parfaites aussi sur une soupe ou une salade.

Attention : toutes les courges ne se mangent pas

Deux mises en garde avant de passer aux fourneaux. D’abord, les courges décoratives qu’on trouve à côté des citrouilles en jardinerie, les coloquintes aux formes biscornues, sont toxiques : elles contiennent des cucurbitacines, des substances amères qui provoquent des troubles digestifs et que la cuisson ne détruit pas. Un risque d’intoxication contre lequel l’Anses met en garde. Si le fruit n’était pas vendu au rayon légumes, on ne le cuisine pas.

Ensuite, une citrouille sculptée qui a passé une semaine dehors, ramollie ou piquée de moisissure, ne finit plus dans l’assiette. Elle a une dernière utilité : le compost. Il suffit de casser la coque en morceaux, de retirer les pépins pour éviter qu’ils germent, et de mélanger le tout aux feuilles mortes. La boucle est bouclée sans passer par la poubelle.

Graines de citrouille grillées et dorées dans un bol, prêtes pour l’apéritif Graines rincées, séchées, assaisonnées : quinze à vingt minutes à 180 °C et l’apéro est prêt.

Une fois la bougie éteinte, il reste un légume entier à cuisiner. La lanterne a fait son travail sur le perron ; ce serait dommage de découvrir sa valeur alimentaire au moment de sortir le sac-poubelle.