« Les antibiotiques, c’est pas automatique. » Vous avez forcément entendu cette phrase : elle a tourné en boucle à la télévision en 2002. Vingt-quatre ans plus tard, l’Assurance maladie la ressort, avec un mot de plus. Dimanche 8 novembre, une nouvelle campagne démarre pour trois semaines, à la radio et à la télévision : « Les antibiotiques, c’est vraiment pas automatique ».
Le constat qui justifie ce retour tient en quelques chiffres. La France reste l’un des pays européens qui consomment le plus d’antibiotiques. En 2025, 38 % des Français ont reçu au moins une prescription. Le chiffre baisse, il était de 41 % en 2024, mais il reste élevé. En ville, les prescriptions avaient augmenté de 4,8 % en 2024, alors que l’objectif affiché était de les réduire d’au moins 25 % entre 2019 et 2025.
Un sondage Ipsos-BVA mené en septembre 2026 pour l’Assurance maladie, auprès de 1 000 adultes, montre que les idées fausses n’ont pas disparu. Près d’un sondé sur deux croit que les antibiotiques soignent la grippe. Quatre sur dix les croient efficaces contre le rhume. Et 18 % des personnes interrogées disent prendre des antibiotiques gardés chez elles sans consulter de médecin. 11 % les partagent avec un proche.
Des plaquettes d’antibiotiques : ils ne soignent que les infections bactériennes, pas les virus.
« Les antibiotiques, c’est pas automatique » : pourquoi le slogan revient
La campagne a été présentée vendredi 6 novembre, lors d’un point presse en ligne. Trois semaines de spots à la télévision et à la radio, et un volet pour les professionnels de santé : des articles sur amelipro.fr et une ordonnance de non-prescription, pour aider les médecins à expliquer pourquoi un patient repart sans antibiotique.
La phrase est restée dans la mémoire collective, et l’Assurance maladie veut s’en servir pour toucher aussi les plus jeunes. Le mot « vraiment », ajouté cette fois, dit que le message n’a pas changé, mais qu’il est plus urgent.
Pourquoi les antibiotiques ne soignent ni le rhume ni la grippe ?
Un antibiotique tue des bactéries. Il ne fait rien contre un virus. Le rhume, la grippe, la bronchite aiguë ou le Covid sont des infections virales : l’antibiotique ne les guérit pas plus vite, il expose seulement à des effets indésirables.
La nuance compte. Une angine à streptocoque confirmée par un test rapide, une pneumonie bactérienne ou une otite sévère chez un jeune enfant : là, l’antibiotique est utile, parfois vital. C’est le diagnostic qui fait la différence, et c’est au médecin de le poser.
« Un recours inadapté aux antibiotiques contribue au développement de l’antibiorésistance. » — Dr Marie-Anne Bouldouyre, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP, Paris)
5 500 morts par an : ce que coûte la résistance
Quand une bactérie devient résistante, le médicament ne marche plus. L’infection dure plus longtemps, l’hospitalisation aussi, et certains traitements n’existent plus. Santé publique France compte environ 125 000 infections à bactéries multirésistantes chaque année dans le pays, et 5 500 décès associés. L’Organisation mondiale de la santé classe la résistance aux antimicrobiens parmi les dix plus grandes menaces pour la santé dans le monde.
Les 5 réflexes qui protègent tout le monde
- Sur ordonnance seulement. Pas d’antibiotique sans prescription d’un médecin.
- Jusqu’au bout. Respectez la dose et la durée prescrites, même si vous vous sentez mieux.
- Pas de restes. Ne réutilisez jamais les comprimés d’un ancien traitement.
- Pas de partage. Un antibiotique prescrit pour vous ne convient pas forcément à un proche.
- Retour en pharmacie. Rapportez les boîtes non utilisées à votre pharmacien.
Votre pharmacien peut expliquer le traitement et reprendre les boîtes non utilisées.
Et la semaine mondiale du 18 au 24 novembre ?
La campagne tombe à pic : la semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens se tient du 18 au 24 novembre. Le thème de 2026 : « Une seule santé, une seule action : agir maintenant pour prévenir la RAM ». Le message est le même partout : chaque antibiotique pris pour rien rapproche le jour où ils ne marcheront plus.
Le slogan de 2002 avait fini par entrer dans les têtes. Reste à voir si le « vraiment » de 2026 entrera dans les habitudes.
Sources : AFP via Boursorama, 5 novembre 2026 ; Vidal, 5 novembre 2026 ; OMS ; Santé publique France ; Assurance maladie.
