Annoncé le 14 octobre par le ministère de la Santé, le déploiement de 3 000 docteurs juniors dans les déserts médicaux commence le 2 novembre. Ce sont des internes en fin de cursus, qui bouclent une quatrième année d’internat en médecine générale, leur dixième année d’études. On les enverra en priorité là où les médecins manquent, sous la supervision d’un praticien maître de stage.

Ce que ça change pour vous

Si vous peinez à décrocher un rendez-vous chez un généraliste, ces jeunes médecins peuvent ouvrir des créneaux là où il n’y en avait plus. Ils consultent en autonomie supervisée, dans le cabinet du médecin qui les encadre : diagnostic, ordonnances, renouvellements, suivis. Concrètement, dès novembre :

  • des consultations supplémentaires dans les zones sous-dotées, sans changer de cabinet ;
  • des créneaux pour des patients nouveaux, là où les médecins traitants ne prennent plus personne ;
  • des stages de six mois, renouvelables sur l’année, qui peuvent déboucher sur une installation durable.

Qui sont ces 3 000 docteurs juniors ?

Jusqu’à présent, un futur généraliste validait son diplôme après trois années d’internat. La médecine générale était la seule spécialité sans phase de consolidation : une quatrième année obligatoire s’ajoute désormais, et c’est le statut de « docteur junior » qui l’accompagne. Le décret n° 2025-850 du 27 août 2025 en a fixé le cadre et la rémunération : une prime forfaitaire de 500 euros bruts par semestre, à condition de réaliser au moins 200 actes ou consultations par mois en moyenne, et 1 000 euros bruts supplémentaires par mois pour ceux qui exercent en zone d’intervention prioritaire, les territoires les plus touchés par le manque de médecins.

Une jeune médecin généraliste consulte un patient au cabinet Les docteurs juniors consulteront en autonomie supervisée, dans le cabinet du médecin qui les encadre.

Que vont changer les docteurs juniors dans les déserts médicaux ?

La priorité affichée est claire : les zones d’intervention prioritaire et les quartiers de la politique de la ville. En Bretagne, 137 docteurs juniors arriveront en novembre, et plus des deux tiers de leurs stages se situeront dans des secteurs identifiés comme prioritaires, indique l’agence régionale de santé. Le Lot-et-Garonne en accueillera 32, l’Eure-et-Loir 18 pour six mois.

Une nuance mérite d’être dite. Ces jeunes médecins exercent le plus souvent dans les locaux de leur maître de stage, rappelle une question écrite posée à l’Assemblée nationale en juillet. Dans les territoires très sous-dotés, cette contrainte de localisation peut limiter leur portée : le renfort arrive là où un maître de stage accepte de l’accueillir, pas forcément là où le besoin est le plus criant. Les agences régionales de santé ont passé l’été à identifier des terrains de stage, et les départements s’activent : le Lot-et-Garonne a recensé 70 maîtres de stage et 44 solutions de logement pour ses 32 arrivants.

« Renforcer dès aujourd’hui l’offre de soins pour les Lot-et-Garonnais et, demain, donner envie à certains de ces jeunes médecins de s’installer durablement sur le territoire. »

Pour les accueillir, le département a créé une plateforme, « Bienvenue Docteur », qui aide les jeunes médecins à se loger et à découvrir le territoire.

Un médecin ausculte une patiente dans un cabinet médical lumineux Le déploiement vise en priorité les zones d’intervention prioritaire et les quartiers de la politique de la ville.

Vont-ils rester après leur stage ?

C’est la question qui décidera du succès ou de l’échec du dispositif. Un stage de six mois soulage ; une installation change durablement la carte des soins. Les syndicats d’internes, eux, surveillent la mise en œuvre de près : l’ISNAR-IMG, MG France et ReAGJIR ont lancé le 16 septembre une plateforme de retours d’expérience, SOS4A.fr, pour recueillir les témoignages des docteurs juniors, des maîtres de stage et des universitaires, et les porter auprès du ministère de la Santé.

Les premiers signaux locaux laissent espérer. En Bretagne, l’agence régionale de santé dit vouloir suivre dans la durée les parcours et les choix d’installation des jeunes médecins. En Lot-et-Garonne, l’accompagnement va jusqu’à la recherche de logement. Le pari du gouvernement est simple : un jeune médecin qui a passé un an dans un territoire, qui y a ses patients et ses habitudes, a plus de chances d’y poser ses valises.

Le 2 novembre, 3 000 jeunes médecins commencent. Les départements compteront ensuite ceux qui restent.